EXTRAIT DE LETTRE À MA MÈRE ANDREA MARCADÉ-DARJOVALENTINE MARCADÉ ET UNE AMIE ITALIENNE HISTORIENNE DE L’ART À MILAN, 36 rue Saint-Sulpice,1983VALENTINE MARCADÉ ET UNE AMIE ITALIENNE HISTORIENNE DE L’ART À MILAN, 1983PÂQUES ORTHODOXES À NICOSIE, 1987
LETTRE D’EVGUÉNI KOVTOUNE À VALENTINE MARCADÉMARIE VASSILIEFF – LE COMPOSITEUR LANDAIS CLAUDE DUBOSCQ
PANTAGRUELISME, VOUS ENTENDEZ QUE C’EST CERTAINE GAYETÉ D’ESPRIT CONFICTE EN MESPRIS DES CHOSES FORTUITES
« SOUVENIR DE PARIS » (À VANIA DE LA PART DE STÉPHANE LE PHOTOGRAPHE ET KATIA ZOUBTCHENKO, 1996)« SOUVENIR DE PARIS » (À VANIA DE LA PART DE STÉPHANE LE PHOTOGRAPHE ET KATIA ZOUBTCHENKO, 1996)
Musique des couleurs et mémoire picturale dans les paysages russes de Kandinsky
Jean-Claude Marcadé
« Les phénomènes de la vue et de l’ouïe ont comme point de départ les oscillations de l’air. La parenté des accords parfaits en musique et en peinture a comme point de départ les oscillations de l’air. La parenté des accords parfaits en musique et en peinture est la preuve que l’une et l’autre sont soumises aux lois de l’harmonie[1]. »
Henri Rovel
La création kandinskyenne est dominée de façon évidente par son caractère symphonique, ce qui la distingue, en particulier, dans l’abstraction et la non-figuration du premier quart du xxe siècle. Sans aucun doute la fréquentation de l’icône byzantino-russe, où « les couleurs chantent », comme le disait André Lanskoy, a joué un rôle de base déterminant. Mais, sans doute aussi, la fréquentation de la musique allemande, celle d’un Beethoven, d’un Wagner ou d’un Bruckner, imprégnée de la Naturphilosophie romantique, a pu donner des impulsions à la vasteté de la vision du monde comme Univers, et permettre à l’auteur des grandes Compositions, Impressions et Improvisations de jouer avec les couleurs et les lignes comme un compositeur de musique.
Kandinsky a particulièrement insisté sur l’idée que
« la peinture est capable de manifester les mêmes forces que la musique[2] »,
celle-ci étant qualifiée par l’artiste russe de l’art le plus abstrait. La vision rétinienne est trompeuse, seul le Klang, le Laut, le zvuk[3], le son, la sonorité, la résonance peuvent traduire le mieux le monde intérieur.
Dans Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, la musique tient une grande place. Kandinsky souligne les correspondances qui existent entre les vibrations physiques des ondes sonores et celles des ondes lumineuses en se référant à Aleksandra Zaxarina-Unkovskaja au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où cette dernière a élaboré une méthode pour « voir les sons en couleurs, et entendre musicalement les couleurs[4] ». La tâche de la peinture est
« de mettre à l’essai, d’évaluer ses possibilités et ses moyens, de les analyser comme le fait la musique depuis des temps immémoriaux […] d’essayer d’utiliser ses possibilités et ses moyens d’une façon purement picturale[5] ».
Parallèlement à la rédaction de son essai, Kandinsky écrit ses « Compositions pour la scène » qui doivent faire apparaître, simultanément mais sans confusion, les mots, la musique, le dessin chorégraphique, la peinture, – justement au moment où, progressivement, il passe à la non-figuration.
Bien entendu, il était au courant des recherches musico-picturales de ses contemporains, comme Paul Gauguin, Mikolajus Čiurlionis, Nikolaï Kulbin[6], Robert Delaunay[7], František Kupka, Vladimir Baranoff-Rossiné[8], Mikhaïl Larionov, Léopold Survage. Il ne s’agit évidemment pas chez Kandinsky de faire une peinture « musicaliste », la musique est un analogon du processus pictural et chaque art reste dans son autonomie. On le sait Kandinsky n’est pas passé par la discipline cubiste, il utilise constamment des termes musicaux, car sa non-figuration des années 1910 se veut semblable, mais non identique, à l’abstraction musicale, alors que les cubistes parisiens et les cubofuturistes de Russie, dans leur interprétation de Cézanne, se livrent à la géométrie du monde des objets.
Il est clair que Kandinsky élimine toute théorie de la transformation directe, par exemple des moyens musicaux en moyens colorés, de la forme musicale en couleurs. Le « modèle musical » dont s’inspire la peinture abstraite n’est pas une mise en œuvre d’une concordance, très relative et subjective, entre sons et couleurs mais une prise de conscience du fonctionnement de la peinture selon des lois optiques spécifiques, en repoussant la tentation de représenter quoi que ce soit d’autre que le mouvement de la couleur et de la ligne.
Dans un manuscrit intitulé Unterschied mit Musik [La Différence avec la musique], Kandinsky souligne ce qui différencie fondamentalement la musique et la peinture :
« La peinture est plus riche dans le choix des formes et par cela même plus imprécise [que la musique]. On n’atteint jamais un son discordant [Mißklang] direct, une dissonance[9]. »
Dans ses mémoires Rückblicke [Regards sur le passé] éditées en 1913 à Munich, puis complétées et traduites en russe à Moscou en 1918 avec un nouveau titre – Stupeni [Étapes] –, le rôle de la musique dans sa création picturale est tout particulièrement souligné. Le peintre russe y souligne l’importance pour lui de la « mémoire visuelle » [pamjat’ zrenija][10], et y affirme que
« [ses] paysages peints de mémoire [lui] réussissaient parfois davantage que ceux peints sur le vif »[11].
Il rapporte aussi qu’à certains moments de ses débuts,
« il s’en allait vers ses rêves de sonorité [zvučnost’], d’une plénitude du “chœur des couleurs” »[12].
Il avance, d’autre part, que
« toute œuvre naît, techniquement aussi, à la façon dont est né le cosmos ; elle passe par la voie des catastrophes, pareillement au grondement chaotique d’un orchestre qui débouche finalement en une symphonie dont le nom est la musique des sphères[13] ».
Kandinsky n’a cessé de proclamer que Moscou était sa patrie spirituelle et visuelle, dans quelque lieu du monde où il se soit trouvé. Cette « Moscou féérique » [Moskva-skazka[14]], dit Kandinsky,
« résonnait en moi à l’heure du crépuscule »[15]. « Moscou est pour moi le point de départ de mes recherches. Elle est mon diapason pictural[16] ».
Valentine Marcadé notait en 1965 que
« Kandinsky resta toujours fidèle à l’esprit russe et son inspiration puisa sans cesse sa vie profonde dans l’art populaire, dans son sens de la couleur : les troïkas, les croix orthodoxes, la vie des saints, les ornements des izbas, les bois sculptés et les églises aux multiples coupoles du coucher de soleil moscovite[17]… »
Pour Kandinsky, Moscou est donc la source de sa mémoire plastique. Il lui consacre un hymne qui est un vrai poème en prose, à l’instar de ceux qui constituent son recueil Klänge[Sonorités] en 1913 (cat. p. XXX) :
« Je guettais cette heure qui fut et sera l’heure la plus merveilleuse du jour à Moscou. Le soleil dans son déclin a atteint cette force suprême, vers laquelle il tendait tout le jour, et à travers laquelle tout le jour il languissait. Ce tableau ne dure pas longtemps : encore quelques instants et la lumière du soleil devient rougeâtre par suite de cette tension toujours plus rouge ; d’abord d’une nuance d’un rouge froid, et ensuite toujours plus chaude. Le soleil absorbe Moscou tout entière en une seule pièce, résonnant comme un tuba qui d’une main puissante bouleverse l’âme. Non, ce n’est pas cette unité rouge qui est la meilleure heure moscovite. Elle n’est que le dernier accord de la symphonie qui fait épanouir dans chaque nuance une vie supérieure, qui fait résonner Moscou tout entière comme un fortissimo dans un orchestre immense. Les maisons roses, mauves, blanches, bleues, azurées, vert pistache, rouge flamme, les églises – chacune comme un chant singulier – l’herbe furieusement verte, les arbres qui mugissent profondément, ou bien la neige qui chante sur mille mode divers, ou bien l’allegretto des branches nues et des bois morts, l’anneau rouge, dur, inébranlable et silencieux de la muraille du Kremlin et au-dessus d’elle, dépassant tout, semblable au cri triomphal d’un alléluia oubliant le monde entier, la ligne blanche allongée, harmonieusement sereine d’Ivan-le-Grand. Et sur son cou long, tendu dans une nostalgie éternelle vers le ciel, la tête dorée de la coupole, qui, au milieu des autres étoiles dorées, argentées, diaprées des coupoles qui l’encerclent, apparaît le Soleil de Moscou[18]. »
L’étude des paysages russes de Kandinsky révèle particulièrement la manière dont le peintre met en œuvre cette poïétique musicalo-picturale. La tempéra de 1906 Lied [Chanson] (cat. p. XXX) est très marquée par la peinture de Nicolas Roerich, en particulier son cycle « Les débuts de la Rus’. Les Slaves » [Načalo Rusi. Slavjane], ou plus encore son tableau de 1901 Les Hôtes d’au-delà des mers [Zamorskie gosti] (Galerie nationale Trétiakov). On est frappé dans l’œuvre de Kandinsky par le caractère rythmique des lignes (rames, mâts, voiles) et de l’ornementation des différentes embarcations. Ce tempo linéaire surplombe la palette ondoyante et miroitante de l’eau de la Volga, ce fleuve mythique de tout le continent russien que le penseur Vasilij Rozanov appelait un « Nil russe ».
De même, le pointillisme du Reitendes Paar [Couple à cheval] de 1906-1907 (cat. p. XXX) est moins la figuration d’une scène médiévale que l’orchestration purement mélodique de touches qui n’ont d’autre fonction que la création d’une partition picturale visant à donner la tonalité spécifique d’une imagerie purement lyrique. On trouve ce système pointilliste dans la tempéra sur carton Die Nacht [La Nuit] (1907, fig. 1) et surtout dans la gouache de 1903, Die Braut [La Mariée] (fig. 2), une vraie symphonie de nuances colorées.
Quant à la célèbre toile La Vie bigarrée[Pëstraja žin’] (1907, cat. p. XXX), appelée aussi du temps de Kandinsky La Vie mélangée, elle joue également avec l’instrumentation des touches pointillistes qui se portent du sol aux vêtements de certains personnages. C’est la Sainte Rus’ qui est ici présentée dans son pèlerinage terrestre. Là aussi de gros traits de pinceau rythment le paysage, qui ne représentent rien de précis qu’eux-mêmes. Kandinsky souligne que lorsqu’il peignait ses études, il se donnait une pleine liberté en se soumettant même « aux “caprices” de la voix intérieure » et il mettait avec sa spatule
« des traits et des coups de pinceau [šlepki] sans beaucoup se préoccuper des maisons et des arbres et en faisant surgir la sonorité des diverses couleurs »[19].
En contemplant ces effets de rassemblement dans une seule image de la diversité des acteurs humains de la vie russe, cette communion des anciens et des jeunes, des boyards et des simples gens, on pense au concept de la pensée philosophique russe depuis Alexej Xomjakov, celui de la sobornost’ [communion universelle] dans sa perspective pravoslave. L’idéal suprême de la pensée russe, tel qu’exprimé par Dostoïevski dans son célèbre discours sur Pouchkine en 1880, repose sur « la conciliation universelle des idées ».
Dans les non-figurations de 1911-1013 – Improvisation 21a (1911, cat. p. XXX), Étude pour Kleine Freuden [Étude pour Petites joies] (1913, cat. p. XXX), Kleine Freuden [Petites joies] (1913, fig. 3) – Kandinsky organise une partition picturale avec le même souci rythmique, multipliant les lignes zigzagantes comme des graffitis, les « rames » ou les « brancards » de canots ou de troïkas improbables, les courbes en contrepoint, prêtes à s’envoler, le tout formant la liaison du ciel et de la terre.
À cette esthétique du trait, correspondent le son, des bruits indistincts dans les poèmes en prose qui contrastent avec toute une poétique du silence sonore, pour parler comme Mallarmé. Ce sont des pauses, des syncopes, des points de suspension, des gestes sans paroles. Kandinsky fait apparaître la vibration intérieure non seulement par le silence mais aussi par la transformation de certaines voyelles et consonnes en onomatopées.
« Chaque sonorité, chaque couleur, chaque mouvement a une valeur intrinsèque[20]. »
Un des traits distinctifs de la poétique de Kandinsky est la hiéroglyphisation des éléments figuratifs qui apparaît comme une constante de sa création et cela dès la mise en branle du monde sensible autour de 1909, ce qui va de pair avec son écriture théorique, critique, philosophique, poétique.
[1] Henri Rovel, « L’harmonie en peinture et en musique », article traduit en russe que publie Kandinsky dans le catalogue du second Salon d’Izdebsky à Odessa en 1910. Henri Rovel y passe en revue les théories de Young, de Helmholtz, de Rood sur les rapports entre les ondes musicales et les ondes colorées.
[2] À l’écoute de Lohengrin, Kandinsky dit avoir pris conscience que
« la peinture est capable de manifester les mêmes forces que la musique » (V. Kandinsky, Stupeni [Étapes], Moscou, Section des arts plastiques du Narkompros [IZO], 1918, p. 19).
C’est en fait le Wagner de Tristan und Isolde et le Ring des Nibelungen qui, plus tard, l’a conforté dans cette idée.
[3] Les deux premiers termes relèvent de l’allemand, le troisième du russe [NdE].
[4] Vassily Kandinsky, Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, éd. établie et présentée par Philippe Sers, traduit de l’allemand par Nicole Debrand et du russe par Bernadette du Crest, Paris, Denoël, 1989, p. 110-111. Un livret inédit d’Aleksandra Zaxarina-Ukovskaja se trouve dans le fonds Kandinsky du Lenbachhaus à Munich.
[5]Ibid., p. 114, note 1. Dans une note inédite, écrite en allemand vers 1909, Kandinsky fait remarquer que
« la correspondance des tons colorés et musicaux n’est, cela va de soi, que relative ».
Par exemple,
« le vert – jaune et bleu – un violon calme dans des tons plus profonds. Violet – rouge et bleu (tous les deux froids) équilibre difficile (il est difficile de désigner le violet et le lilas) cor anglais, chalumeau. Orange – rouge + jaune comme un funambule, tenir toujours l’équilibre, inclinaison vers la droite et vers la gauche. Cloche d’église médiane qui sonne de façon monotone (Angelus) ; voix de contralto, alto » (Wassily Kandinsky, « Das Korrespondieren der farbigen und musikalischen Töne », dans Wassily Kandinsky:Gesammelte Schriften 1889–1916: Farbensprache, Kompositionslehre und andere unveröffentlichte Texte, Helmut Friedel [éd.], Munich, Berlin, Londres, Prestel Publishing, 2007, p. 321).
« Aux combinaisons étroites des sons correspondent en peinture les combinaisons étroites de couleurs, voisines dans le spectre […] Par des combinaisons étroites on peut obtenir aussi des tableaux musicaux, faits de taches de couleur séparées qui se fondent en une harmonie fugitive, semblablement à la nouvelle peinture impressionniste » (Nikolaï Kulbin, cité parValentine Marcadé, Le Renouveau de l’art pictural russe, Lausanne, 1971, p. 208.
Kulbin va jusqu’à établir, dans ce qu’il appelle « la musique en couleur » [tsvetnaja muzyka] chez Rimskij-Korsakov, un tableau de correspondances son-couleur : do rouge, ré orange, mi jaune, fa vert, sol bleu ciel, la bleu, si violet, (ibid.).
[7] Robert Delaunay, lettre à Kandinsky, 5 avril 1912 :
« J ’attends encore un assouplissement des lois que j’ai trouvées, basées sur des recherches de transparence des couleurs comparable aux notes musicales, ce qui m’a forcé de trouver le mouvement de la couleur » (citée dans Robert Delaunay, Du Cubisme à l’art abstrait, Documents inédits publiés par Pierre Francastel et suivis d’un catalogue de l’œuvre de R. Delaunay par Guy Habasque, Paris, 1957, p. 178).
[8] Voici ce que Kandinsky écrivait à son ami, le compositeur russe Thomas von Hartmann [Foma Aleksandrovič Gartman] :
« Rossiné (un jeune peintre russe), qui travaille la théorie de la peinture et tout spécialement des partitions musicales, veut absolument faire ta connaissance. Lui-même est fantastique. Peut-être qu’il viendra encore une fois à Munich en septembre, autrement il te demande de venir en Suisse (à Weggis près de Lucerne – il y a un centre de la Suisse qui peint : “Moderner Bund” » (Lettre de V. V. Kandinskij à F. A. Gartman du 2O.VIII. 1912, Archives nationales de Russie [RGALI], Moscou).
[9]Wassily Kandinsky:Gesammelte Schriften 1889-1916, op. cit., p. 347
[17] Valentine Vassutinsky [Marcadé], « L’effervescences intellectuelle et les recherches esthétiques des peintres russes du début du xxe siècle », Revue de l’École nationale des langues orientales, vol. 2, 1965, p. 159.
[18] Stupeni, op. cit, p. 12-13. Traduction de Valentine et Jean-Claude Marcadé.
« Jeder Klang, jede Farbe, jede Bewegung haben einen inneren Wert » (Kandinsky,Über das Theater. Du théâtre. O teatre, éd. établie et présentée par Jessica Boissel, avec la collaboration de Jean-Claude Marcadé, Paris, Adam Biro, 1998, p. 68.
Le Baptême du Seigneur porte l’appellation de Théophanie, car dans l’événement du baptême s’est manifestée la participation des Trois Personnes de la Très Sainte Trinité : Dieu le Père qui se révèle par Sa parole, Dieu l’Esprit Saint sous l’aspect d’une colombe bénissant les eaux de son ombre et Dieu le Fils qui reçoit le baptême de Jean et sanctifie les eaux. Le contenu trinitaire de la fête est exprimé dans le kontakion de la Théophanie et détermine l’action trine et une de la Divinité avec une extrême clarté.
«Quand tu étais baptisé dans le Jourdain, Seigneur, l’adoration trinitaire s’est manifestée car la voix de Ton Père a témoigné en Toi en T’appelant Son Fils Bien-Aimé et l’Esprit sous l’aspect d’une colombe a proclamé la vérité de la Parole. Manifeste-Toi, Christ notre Dieu et illumine le monde, gloire à Toi.»
Le Baptême par lequel saint Jean baptisait était un baptême de repentance. L’eau du baptême était purification, délivrance de l’homme ; un tel baptême n’était pas nécessaire pour le Christ, car il était pur de toute éternité et c’est seulement par humilité qu’il a reçu le baptême de Jean ; mais ayant reçu le baptême par l’eau, le Sauveur n’a pas été sanctifié par les eaux, ce qui n’était pas nécessaire pour lui, mais il a sanctifié par sa Personne la substance des eaux et avec elle, le monde entier. Par le Baptême de Jean, par l’action de l’humilité suprême du Christ, s’est révélée Sa Divinité, en tant qu’une Personne de la Trinité, inséparable en tout du Père et du Saint Esprit.Le Baptême est l’apparition du Christ au peuple, le départ pour Sa Mission, la création nouvelle du monde corrompu mortellement par sa chute. Le Baptême est la fête de la création du monde une nouvelle fois, à l’instar de la Nativité du Christ, et ces deux fêtes sont liées indissolublement l’une à l’autre. [•••]
Le Christ entre dans les eaux pour les purifier, les vivifier, les sanctifier et anéantir les serpents qui y ont leur nid. L’Esprit Saint, sous la forme d’une colombe, couvre de son ombre les eaux semblablement à ce qui s’est passé lors de la création du monde lorsque l’Esprit de Dieu planait sur les eaux. Selon l’explication de saint Basile le Grand,
« non seulement Il planait sur les eaux mais Il semblait communiquer à l’eau la faculté de faire naître la vie, rendait l’eau porteuse de vie, la réchauffait pareillement à une poule couveuse qui fait sortir vers la vie grâce à sa chaleur ses poussins. Ici aussi l’Esprit Saint communique aux eaux la grâce et la force d’engendrer la vie dans le mystère du Baptême, d’être l’eau « qui bondit dans la vie éternelle « .
Comme archétype, la colombe lâchée par Noé de l’Arche et qui y revint avec une branche d’olivier dans le bec, préfigure l’Esprit Saint dans la Théophanie au-dessus des eaux du Jourdain. Saint Jean Chrysostome explique l’image de la colombe qu’a prise le Saint Esprit dans la Théophanie : le Christ en recevant le baptême de la main de saint Jean est venu accomplir toutes les vérités. On appelle vérité l’accomplissement de tous les commandements. Étant donné que tous les hommes devaient accomplir cette vérité, mais que personne parmi eux ne l’a observée ni accomplie, c’est le Christ qui accomplit cette vérité par sa venue. Ainsi, si la soumission à Dieu constitue la vérité et que Dieu a envoyé saint Jean pour baptiser le peuple, alors le Christ a accompli cela aussi. Notre lignée devait payer sa dette, mais nous ne l’avons pas payée et la mort nous a étreints, nous qui avons été soumis à cette faute. Le Christ, étant venu, nous ayant trouvés en proie au démon, paya cette dette. « Il me revient à moi, qui possède, de payer pour ceux qui ne possèdent pas », dit-il. Telle est la raison de Son baptême. C’est pourquoi l’Esprit est descendu sous l’aspect d’une colombe ; là où est la réconciliation avec Dieu, là est la colombe. De la même façon que la colombe a apporté la branche d’olivier dans l’Arche de Noé comme signe de l’amour de Dieu pour l’homme et de la fin du fléau, de même à présent c’est sous l’aspect d’une colombe et non sous un aspect corporel (il faut noter cela particulièrement) que descend l’Esprit, annonçant à l’Univers la grâce divine.
MOINE GRÉGROIRE (KRUG), CARNETS D’UN PEINTRE D’ICÔNES
PAUL CLAUDEL
La deuxième Épiphanie de Notre-Seigneur, c’est le jour de Son baptême dans le Jourdain.
L’eau devient un sacrement par la vertu du Verbe qui s’y joint.
Dieu nu entre aux fonts de ces eaux profondes où nous sommes ensevelis.
Comme elles Le font un avec nous, elles nous font Un avec Lui.
Jusqu’au dernier puits dans le désert, jusqu’au trou précaire dans le chemin,
Il n’est pas une goutte d’eau désormais qui ne suffise à faire un chrétien,
Et qui, communiquant en nous à ce qu’il y a de plus vital et de plus pur,
Intérieurement pour le Ciel ne féconde l’astre futur.
Comme nous n’avons point de trop dans le Ciel de ces gouffres illimités
Dont nous lisons que la Terre à la première ligne du Livre fut séparée,
Le Christ à son âge parfait entre au milieu de l’Humanité,
Comme un voyageur altéré à qui ne suffirait pas toute la mer.
Pas une goutte de l’Océan où il n’entre et qui ne Lui soit nécessaire. « Viderunt te Aquæ, Domine », dit le Psaume. Nous Vous avons connu !
Et quand du milieu de nous de nouveau Vous émergez ivre et nu,
Votre dernière langueur avant que Vous ne soyez tout à fait mort,
Votre dernier cri sur la Croix est que Vous avez soif encore !
Au commencement, il y eut l’excitation, l’état premier de toute la vie dont a parlé Malévitch.
L’excitation est la quatrième dimension du feu intérieur de l’âme de l’art et de l’inspiration de l’homme.
Le suprématisme est une révélation et un exode du monde de l’objectivité illusoire vers la liberté, le défi créateur, le canon intérieur de la foi personnelle.
Donner des noms à ce qui existe, donner des noms aux nouveaux objets du monde, telle est la tâche de la culture.
Le suprématisme est le Nom de la réalité du monde de la création, donné par Malévitch.
Il faut préciser qu’en 1913, le prélude à l’exposition « 0-10 » fut la mise en scène de l’opéra « Victoire sur le Soleil », œuvre commune de Malévitch, Khlebnikov, Matiouchine et Kroutchonykh, où le quadrangle apparaît, pour la première fois, sur le rideau.
L’exposition « 0-10 » est à mes yeux un manifeste de la même importance que l’ajout d’un seul mot dans la traduction de la Bible par Luther. Il a ajouté le mot « seule ». L’homme peut être sauvé par la foi seule (en latin sola fide).
Le premier message suprématiste de la révélation visuelle est « Le Quadrangle noir ». Tel est le nom du « Carré noir » donné par Malévitch.
Ayant donné le nom à la nouvelle icône et défini ainsi le sens de la novation, Malévitch installa cette œuvre au coin supérieur de la nouvelle iconostase en tant que source originelle de toutes les 39 œuvres présentées dans l’exposition.
Malévitch écrivait que Dieu était caché dans le noir. Quatre angles du carré correspondent à quatre lettres du nom du Créateur qu’il est interdit à prononcer.
Frémissement et excitation, tels sont les sentiments que provoque l’icône de l’image inconcevable de toute la création.
Pour Malévitch, « Le Quadrangle noir » était comme un nouveau-né.
Ma première rencontre avec les œuvres de Malévitch eut lieu au Musée de Jérusalem en 1975. Ce fut une des premières expositions de ses œuvres graphiques en Europe.
Il est étonnant que le Musée de Jérusalem lui-même soit bâti sur une colline, comme un architectone de Malévitch, et qu’au pied de la colline, se trouve le monastère de la Croix où, selon la légende, avait poussé l’arbre utilisé pour la croix du Golgotha. Dans cette rencontre des temps, il y a une profondeur qui correspond au nom imprononçable de la prophétie du quadrangle noir.
Un autre rappel du passé. Après l’exposition « 0-10 », Vélémir Khlebnikov, qui cherchait constamment des rapports mathématiques dans l’histoire, prit des mesures des œuvres qui y étaient présentes, ainsi que des dessins préparatoires, et il arriva aux chiffres de 317 et 365. Or, 317 est le nombre d’os dans le squelette humain, et 48, c’est la périodicité, selon Khlebnikov, des événements importants dans le monde. La somme de ces deux chiffres est justement égale à 365, le nombre de jours dans l’année.
Et encore une analogie du langage des noms. Le carré en hébreu s’appelle meruba, et la racine de ce mot est riche de sens : la reproduction, le maître, la création, etc.
La première lettre du mot meruba, le M comme dans le nom de Malévitch, signifie également le nombre 40, cela évoque des analogies avec le désert où Moïse (un autre M) avait conduit les Hébreux pendant 40 ans. Quarante, c’est aussi 39, le nombre d’œuvres de l’exposition « 0-10 » plus le Un de la chaise (vous savez qu’il y avait là une chaise posée à l’angle), c’est-à-dire, c’est un objet matériel dans la confrontation avec le monde bi-dimensionnel de la pénétration totale qui, ensemble, donnent le chiffre 40.
Il était aussi important que toutes les œuvres de Malévitch fussent présentées dans cette exposition sans cadres – sans ces chaînes traditionnelles qui donnent de la lourdeur et délimitent les frontières. La nudité et le fond blanc pour les œuvres suprématistes – tel est le canon de la liberté et de la jeunesse du renouveau.
[…] A partir de la fête de la Nativité du Christ prirent naissance toutes les fêtes comme prennent naissance à partir d’une source différents courants. La Nativité du Christ est comme une nouvelle création du monde. La commémoration de l’incarnation de Dieu le Verbe devient une pierre angulaire. La confession de l’incarnation de Dieu sépare mystérieusement la lumière des ténèbres. Selon la définition de saint Jean :
«Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas la venue du Verbe de Dieu, Sa venue dans la chair, n’est pas de Dieu ; C’est là l’esprit de l’Antéchrist» (Première Epître de Jean, 4, v. 2-3). […]
L’image de la Nativité du Christ est contenue mystérieusement dans le songe qu’a vu Nabuchodonosor et qui a été prophétiquement expliqué par le prophète Daniel (Daniel, ch. 2). La pierre qui s’est détachée de la montagne, sans que la main l’eût touchée, et qui a anéanti la grande idole est l’image de la Nativité du Christ. Et habituellement sur l’icône de la Nativité du Christ le Sauveur a, pourrait-on dire, une ressemblance imagée avec la pierre qui a vaincu et anéanti le terrible orgueil humain sous la forme de cette idole. L’Enfant est représenté habituellement au centre même de l’icône emmailloté, sa taille est extrêmement petite. Souvent, par ses dimensions, la représentation du Sauveur est plus petite que toutes les autres représentations sur cette icône et dans le même temps c’est l’icône du Seigneur – l’icône du Christ ; la position du Sauveur sur l’icône occupe la place royale du Seigneur. Quant à la représentation de la Mère de Dieu, elle est habituellement plus grande que toutes les représentations de cette icône et en cela s’est reflétée la prophétie qui avait été donnée dans le songe de Nabuchodonosor et interprétée par Daniel. L’image de la montagne et de la pierre qui s’était détachée de la montagne sans que main l’eût touchée est l’image prophétique de la virginité de toute éternité de la Mère de Dieu. C’est dans cette petitesse du Sauveur qui a accepté l’humilité des langes et de la crèche des animaux qu’est le mystère par lequel le genre humain a été guéri du poison de l’orgueil, déversé par Satan dans « l’ouïe d’Ève ». Toute la superbe humaine […]
Afanassi Fet
Ночь тиха. По тверди зыбкой
Звезды южные дрожат.
Очи Матери с улыбкой
В ясли тихие глядят.
Ни ушей, ни взоров лишних, –
Вот пропели петухи – С Рождества
И за ангелами в вышних
Славят Бога пастухи.
Ясли тихо светят взору,
Озарен Марии лик.
Звездный хор к иному хору
Слухом трепетным приник, –
И над Ним горит высоко
Та звезда далеких стран:
С ней несут цари Востока
Злато, смирну и ладан.