ALVARO VARGAS, NOËL 1990ALVARO VARGAS, LAS BASES DE COLOMBIA, AQUARELLE, JANVIER 1987, VILLA BEATRIX ENEA, ANGLETALVARO VARGAS, PAYSAGE, H/T, FIN DES ANNÉES 1980, VILLA BEATRIX ENEA, ANGLET
Jusqu’ici nous avons mis l’accent sur la correspondance universelle et l’unité de tous les phénomènes. Ce point de vue pourrait erronément donner l’impression de méconnaître l’infinie diversité et les particularités des objets qui nous entourent.
Nous devons alors reposer le thème des limites de la pensée et du langage en essayant de répondre à la critique envisagée. La conscience moderne qualifie souvent d’agnosticisme et de pessimisme toute réflexion qui porte sur un questionnement des apparences de la réalité. Cette critique, faite au nom du réalisme, atteint d’emblée le Bouddhisme et la philosophie hindoue, ainsi que Wittgenstein et la phénoménologie. Compte tenu de ce que ces pensées constituent les principales influences de Paz, il est de toute première importance de faire le point là-dessus.
Il y a, dans cette critique – qui, par ailleurs, n’a pas tort en rapprochant la pensée orientale de la phénoménologie – une tendance à identifier l’être des objets avec leur fonction et leur apparence à un moment social particulier. De cette manière, ce que cette idéologie prend pour la spécificité des objets n’est en réalité que la projection, sur la diversité réelle, de l’ensemble des catégories et concepts culturellement produits.
Par contre, lorsque Paz – de même que la tradition à laquelle il se rattache – insiste sur l’unité substantielle de l’univers, il ne nie pas les différences entre les objets concrets mais il met en question la possibilité que ces différences puissent être fixées par le langage. De cette manière la réalité ultime des choses demeure mystérieuse et inexprimable.
Voilà le point sur lequel confluent la critique du langage chez Wittgenstein et la philosophie hindoue bouddhiste : le « sens » des choses n’est qu’une projection des nécessités d’assurance et d’identité de l’homme. La réalité, en elle-même, ne correspond à aucune finalité.
Le terme sanskrit shûnyatâ exprime cette vacuité du sens des objets et, par la suite, l’absence de conceptualisation : la « pensée en blanc »[1]. Nous pouvons voir rassemblées l’idée de la vacuité et celle de l’analogie dans les vers suivants de « Histoire de deux jardins » :
La vacuité, alors, ce n’est pas la négation de l’existence de quelque chose dans le réel ni des différences entre les objets qui le composent ; elle veut plutôt signifier que « la forme est vide de nos idées préconçues, de nos jugements »[3].
Bien entendu, une notion aussi importante entraînera des conséquences assez remarquables dans la conception de la poésie et des limites de ses possibilités expressives. Pour Paz, le poème sera plus l’expression d’un silence illuminant des images qu’un moyen pour exprimer des idées préconçues. Témoin de cette lutte entre la fertilité du silence et la nécessité de communication, « Blanc », l’important poème écrit au moment de la maturation de cette nouvelle conception.
Á nouveau, il faut souligner que la « pensée en blanc » ne constitue pas une négation des représentations mentales mais, au contraire, le commencement d’une attitude d’ouverture sans préjugés, au fluide des images. Une telle attitude d’abandon des préjugés entraîne à son tour la critique du sujet même, l’oubli de soi.
« Assis en moi-même comme le yogi à l’ombre du figuier, comme
Le Bouddha au bord du fleuve, arrêter l’instant
Un seul instant, assis au bord du temps, effacer mon image
Sur le fleuve qui parle endormi et ne dit rien et m’emporte avec
Nous pouvons remarquer dans ces vers que la critique des contenus de la conscience et l’ouverture à l’expérience du réel impliquent en même temps l’arrêt du temps et l’effacement du Moi. L’accomplissement de la communion avec le Monde s’effectue dans une conscience différente du Moi et dans un instant en dehors du temps. Ce dernier aspect sera le point de départ de notre premier chapitre ; nous y étudierons les rapports entre le moment plein et instantané du poème et le temps linéaire et conceptuel de l’Histoire.
La nécessité d’effacer le Moi doit se comprendre de manière semblable et complémentaire à l’affirmation de la vacuité de sens des objets. Par ailleurs, la notion de shûnyatâ ne s’identifie pas non plus à une sorte de contemplation passive. Au contraire, il faut la voir comme une condition pour rendre plus souple et léger notre engagement avec les choses et les phénomènes qui s’offrent à notre expérience. La critique du Moi – comme celle des idées préconçues – annule l’opposition sujet-objet et rend possible la rencontre et la participation au mouvement de l’univers.
Nous allons étudier dans le chapitre final, consacré à la poésie, les traces de la notion de vacuité et de la critique du sujet. En effet, la mise en question de l’opposition sujet-objet implique, en poésie, le questionnement de la notion d’auteur et d’œuvre littéraire. Nous pourrons y voir une nouvelle conception de la poésie comme création collective et comme événement de jouissance.
Concluons en résumant les caractéristiques principales de la connaissance poétique, de la « métaphore épistémologique » :
– La poétique, dans son sens original de « poiesis », dépasse largement le cadre de la théorie littéraire pour se révéler comme « vision du monde » à part entière.
– Les postulats de base de la métaphore épistémologique sont la correspondance universelle et la pensée en blanc. Toutes deux assurent l’engagement de l’homme dans le mouvement de l’univers sous le double aspect de sa reconnaissance et de sa création.
L’activité poétique consisterait dans l’autocréation du Monde et réside dans l’être humain, seul capable de déployer une telle conscience créatrice. D’après Paz, c’est l’activité humaine qui crée et donne sens aux phénomènes de la nature :
« il n’existe pas de couleurs ni de sons en soi : touchés par la main de l’homme ils changent de nature et pénètrent dans le monde des œuvres »[5].
Paz est conscient de cette compromission du poète avec les conditions actuelles de banalisation et d’épuisement de la raison. De nos jours, les thèmes cruciaux sur la condition humaine et le destin de l’univers reviennent à faire partie de l’imagination artistique. Toujours en accord avec Nietzsche, nous sommes certains que « de notre temps, ce qui compte est l’art et non la vérité »[6].
L’appel à la conscience de cette importance de l’art est l’apport le plus original d’Octavio Paz aux « lettres » hispano-américaines, souvent incertaines de leur propre valeur. Par ailleurs, Paz lui-même précise que ses idées se trouvent en continuité avec une tradition qui s’est manifestée radicalement au cours des deux derniers siècles: Tout d’abord avec le Romantisme, qui est reconnu comme la première irruption de la vision poétique de l’époque moderne ; puis, avec le Surréalisme dont Paz a été personnellement témoin et tributaire. En effet, Paz consacre plusieurs études à l’analyse de ces deux grands mouvements, pour conclure que, malgré les nécessaires différences d’ordre historique, ils ont en commun le même intérêt pratique: l’instauration de l’art comme regard sur le monde. Paz écrit:
« le programme surréaliste – changer la vie en poésie et opérer ainsi dans les esprits, les mœurs et la vie sociale une révolution décisive – n’est pas différent de celui de Schlegel et de ses amis qui voulaient transmuer la vie et la société »[7].
Voici, à grands traits, les lignes principales de la « cosmologie poétique » proposée par Octavio Paz. Cette œuvre est insolite dans le contexte latino-américain d’aujourd’hui, mais nous sommes certains que son ampleur s’étendra longuement sur la culture universelle, tout en gardant la perspective de recherche sur les réalités particulières de l’Amérique Latine.
Confronté aux déceptions de la raison analytique des sciences et de la raison dialectique de l’Histoire, Paz propose la poétique comme nouvelle sagesse qui instituera à nouveau l’Homme correspondant de l’Univers. L’analogie, la métaphore, le vers plurivoque se proposent comme catégories compréhensives de la diversité des choses et de l’unité substantielle du cosmos.
Inaccessible aux opérations du concept, L’Être de l’Univers pourrait être effleuré – ne serait-ce que pour un instant – par le rayon lumineux de la métaphore. Le poème est un regard silencieux qui s’émerveille devant la mystérieuse harmonie du Tout :
Lettre à propos de la traduction de « Perrudja » de Hans-Henny JahnnLLettre de Bernard Manciet sur notre traduction de « Perrudja » de Hans-Henny Jahnn, traduction dont il a été l’instigateur
JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET LIEVEN VAN DEN ABEELE AU CHATEAU DE PAU, 1996BERNARD MARCADÉ ET HUGUETTE BEAUGÉ AU PAM, 1996JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET REINOLD WERNER, POUR LES 60 ANS DE JEAN-CLAUDE CHEZ REINOLD À PARIS, 1997JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET LE JOURNALISTE SERGUEÏ DÉDIOULINE, 36 RUE SAINT-SULPICE, 1997JEAN-CLAUDE MARCADÉ, LA COMTESSE ODETTE DE BLIGNÈRES, VINCENT TIMOTHÉE, CHEZ ODETTE, 1992DOMINIQUE UROLATÉGUY, HUGUETTE BEAUGÉ, JEAN-CLAUDE MARCADÉ CHEZ DOMINIQUE À PONTONX, JANVIER 1997JEAN-CLAUDE MARCADÉ ET HUGUETTE BEAUGÉ CHEZ DOMINIQUE UROLATÉGUI, 1997 (PHOTO CLAUDE BEAUGÉ)PIERRE BRULLÉ, JEAN-CLAUDE MARCADÉ, IGOR MINAEV, 36 RUE SAINT-SULPICE, 1997GENEVIÈVE BREERETTE ET JEAN-CLAUDE MARCADÉ (AU PREMIER PLAN), SÉOUL, SEPTEMBRE 1995CLEMENS KORETZKY ET JEAN-CLAUDE MARDADÉ, SAINT-ÉMILION, PENTECÔTE 1996JEAN-CLAUDE MARCADÉ, SÉOUL, 1995JEAN-CLAUDE MARCADÉ PRÉSENTANT SON « aVANT-GARDE-RUSSE- 1907-1927 » AU MUSÉE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS, 1995EAN-CLAUDE MARCADÉ PRÉSENTANT SON « aVANT-GARDE-RUSSE- 1907-1927 » AU MUSÉE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS, 1995EAN-CLAUDE MARCADÉ PRÉSENTANT SON « aVANT-GARDE-RUSSE- 1907-1927 » AU MUSÉE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS, 1995À DROITE DEPUIS LE FOND, MARIANNE WIEDENFELD,JEAN-CLAUDE MARCADÉDE GAUCHE À DROITE, JEAN-CLAUDE MARCADÉ, LIEVEN VAN DEN ABEELE, BERNARD MARCADÉ, ANNÉES1990SUR LA DROITE, LIEVEN VAN DEN ABEELE, JEAN,-CLAUDE MARCADÉ, CHINE, SEPTEMBRE 1995
JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ ET UNE AMIE, 1961JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ AVEC LE PETIT BERGER PYRÉNÉEN IXOUNE, DÉBUT ANNÉES 1970NATHALIE BRUNET-HAZAN ET VALENTINE MARCADÉ AU PAM, 1978JEAN-CLAUDE >MARcADÉ AU CENTRE ÉQUESTRE « OUS PINS » À TARTAS; 1
JEAN-CLAUDE >MARcADÉ AU CENTRE ÉQUESTRE OUS PINS À TARTAS; 1976
OLGA BOGDANOVITH , COLLÈGUE DE VALENTINE MARCADÉ AUX LANGUES O’ , AU BORD DE L’ADOUR À PONTONX, 1976
OLGA BOGDANOVITCH ET JEAN-CLAUDE MARCADÉ À SEIGNOSSE LE PENON, 1976 (PHOTO VALENTINE MARCADÉ)OLGA BOGDANOVITCH ET VALENTINE MARCADÉ PRÈS DE SEIGNOSSZ LE PENON, 1976 (PHOTO JEAN-CLAUDE MARCADÉ)
JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ,1976
JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ À NOIRMOUTIER, VERS 1980
VALENTINE MARCADÉ AU PAM, ANNÉES 1980 (PHOTO JEAN-CLAUDE MARCADÉ)VALENTINE MARCADÉ À MATALA (CRÈTE), SEPTEMBRE 1985 (PHOTO JEAN-CLAUDE MARCADÉ)
VALENTINE MARCADÉ EN CRÈTE, 1985 (PHOTO JEAN-CLAUDE MARCADÉ-VALENTINE MARCADÉ 36 RUE SAINT SULPICE, 1990VALENTINE MARCADÉ SUR LE CERCUEIL DE SAINT-SPYRIDON À CORFOU,1990 (PHOTO JEAN-CLAUDE MARCADÉ)
VALENTINE MARCADÉ AU MONT-DORE, AOÛT 1991 (PHOTO JEA,N-CLAUDE MARCADÉ)
La Mère de Dieu est placée, par la volonté divine, plus haut que toutes les créations, elle est la reine de tout ce qui est créé, elle qui a reçu dans sa Dormition, l’adoration des forces célestes, terrestres et infernales ; dans sa dignité de Reine des Cieux elle embrasse et relie le monde des ordres angéliques et le genre humain.
Le Dieu de Gloire s’est fait homme; il a pris sur lui de la Vierge Éternelle tout ce qui est humain, afin de sauver et de rétablir l’image de Dieu, mise dans l’homme depuis sa création et sans cesse obscurcie par le caractère corrompu de la nature humaine déchue, vaincue par le péché.[•••]
L’unité de la Mère de Dieu et des Apôtres, aussi bien dans l’Ascension que dans la Pentecôte, est immuable et l’événement définitif final dans la vie de la Mère de Dieu et des apôtres a été la Dormition de la Vierge. Ici, l’unité de l’assemblée des apôtres et de la Mère de Dieu s’est exprimée définitivement et de manière irréfutable. La Mère de Dieu a rassemblé par sa Dormition les apôtres de tous les coins de l’Univers. Chacun des apôtres a été transporté par l’Esprit Saint de l’endroit de son ministère à Jérusalem et tous ont constitué une assemblée autour de la Mère de Dieu. Avec les Puissances Incorporelles et les femmes qui assumaient le ministère apostolique ils ont accompli le rite des funérailles et ont porté la couche où reposait le corps de la Mère de Dieu à l’endroit où elle a été ensevelie. C’est ici précisément que s’est manifestée la même étroite parenté qui a déterminé la présence de la Mère de Dieu parmi les apôtres, aussi bien sur le mont des Oliviers que sur la montagne de Sion, dans le Cénacle, qui s’est empli le jour de la Pentecôte du feu et du souffle du Saint Esprit. Et dans toute la vie ultérieure de l’Église il est difficile de se représenter la moindre action apostolique sans la présence et la participation de la Mère de Dieu. Il est impossible de se représenter aussi la catholicité (la communion universelle) de l’Église sans la participation de la Mère de Dieu ou d’ignorer d’une certaine façon la présence de la Mère de Dieu partout où la nature catholique (de communion universelle) de l’Église trouve son expression, parce que le ministère de la Mère de Dieu dans l’Église embrasse tout. La Mère de Dieu, comme Reine des cieux et de la terre, ne peut être en dehors de la moindre action de l’Église, angélique ou humaine, et aucune manifestation catholique (de communion universelle) de l’Église ne pourrait être emplie de la plénitude de la bénédiction sans la Mère de Dieu. C’est pour cette raison aussi que la plénitude de l’assemblée apostolique rassemblée dans le Cénacle le jour de la Pentecôte, plénitude qui a déterminé la nature apostolique de l’Église, ne s’est pas réalisée sans la participation de la Mère de Dieu. Mais c’est par la volonté du Saint Esprit qu’elle a été présente et a participé à la fête et a été sanctifiée par la réception de l’Esprit Saint lors de la descente des langues de feu et elle a sanctifié la fête par Sa participation. [•••]
MOINE GRÉGOIRE (G. I. Krug)
CARNETS D’UN PEINTRE D’ICÔNES
TRADUIT DU RUSSE
PAR JEAN-CLAUDE ET VALENTINE MARCADÉ