Le Grand-Prix du Forum du livre à Lviv pour la monographie ukrainienne « Malévitch » (J.-Cl. Marcadé)– К.: Родовід. – 2013. – 304 с.
Фундаментальна праця, присвячена життю і творчості Казимира Малевича.
Цей поліграфічний шедевр, нещодавно виданий у київському «Родоводі», вже встиг отримати Гран-прі ювілейного, двадцятого Форуму видавців у Львові, а його автор — один з найбільш авторитетних у світі дослідників авангардного мистецтва Жан-Клод Маркаде — вкотре презентувати себе в якості українського патріота.
Справді, фундаментальна праця, присвячена життю і творчості Казимира Малевича, вирізняється з поміж решти досліджень про одного з найвідоміших авангардистів ХХ століття увагою до українського коріння його художньої поетики. Загалом у своїх статтях і книгах автор альбому-монографії про славного уродженця Києва завжди виокремлював три напрямки у так званому «російському авангарді» — петербурзький, московський і український — і перевидання українською мовою «Малевича», який вперше побачив світ у 1990 році французькою та японською, вкотре нагадує про існування національної художньої школи авангарду.
У тридцятьох розділах цієї книги уважливий читач з подивом і приємністю виявить не лише загальновідомі деталі біографії художника, який увійшов до історії авангарду своїм легендарним «Чорним квадратом», але й переконається, що супрематичні композиції Малевича — це лише один з періодів його творчості, а оформленням футуристичних збірок Хлєбнікова і Кручоних поетична філософія художника не обмежується. Від символізму, модерну і фовістського примітивізму до динамічного, космічного і магнетичного супрематизму — таку еволюцію творчості польсько-українсько-російського художника, архітектора, педагога і філософа простежує у своєму дослідженні автор. Учень Миколи Мурашка і Миколи Пимоненка, гіперболізм художньої поетики якого завжди ріднив його з Україною, а саме з Гоголем, таємничий мистець Казимир Малевич, нарешті, повноваго входить до історії наших стосунків із світовим авангардом.
Récemment vient de paraître un beau livre sur la couleur bleue, livre sur des points essentiels, cependant, contestable.
Ce livre de Michel Pastoureau s’intitule Bleu. Histoire d’une couleur. L’auteur affirme, dès le début, que « la couleur n’est pas tant un phénomène naturel qu’une construction culturelle complexe […] La couleur est d’abord un fait de société. »[1]. Et Michel Pastoureau d’insister : « C’est la société qui ‘fait ‘ la couleur, qui lui donne sa définition et son sens, qui construit ses codes et ses valeurs, qui organise ses pratiques et détermine ses enjeux. Ce n’est pas l’artiste ou le savant ; encore moins l’appareil biologique de l’être humain ou le spectacle de la nature. Les problèmes de la couleur sont d’abord et toujours sociaux parce que l’être humain ne vit pas seul mais en société. »[2]. Voire ! Certes notre historien sociologue retrace de façon très détaillée et éruditel’histoire du bleu, qui fut une « couleur discrète » du paléolithique au Xe siècle car « fabriquée et maîtrisée tardivement. »[3], elle devient à partir du XIe siècle « une couleur à la mode, une couleur aristocratique et même déjà la plus belle des couleurs selon certains auteurs. »[4].
Le livre est passionnant et instructif au plus haut point mais à cause de son européocentrisme dominant, qui ne dissimule pas un gallocentrisme triomphant, il s’avère n’être que partiel et partial alors qu’il prétend à l’universalité de ses conclusions.
Tout le monde issu de la culture byzantine est pratiquement ignoré.
Pourquoi ai-je fait ce long préambule ? Je voudrais mettre ma réflexion présente, consacrée à un grand peintre du XXe siècle, l’Arménien Martiros Sariane, sous le signe du bleu – en effet, cette couleur me paraît une des dominantes essentielles de la palette Sariane. Il y a un « bleu Sariane » comme il y a un « bleu Vermeer », un « bleu Matisse » ou un « bleu Yves Klein ». Je vais tâcher de le montrer en retraçant l’itinéraire créateur de Sariane.
Mais avant d’en venir à notre héros, j’aimerais encore revenir sur cette question de la couleur qu’a soulevée Michel Pastoureau, à savoir qu’elle ne serait qu’un produit social. Pour ce qui concerne l’art, cela a pu être vrai aux époques où il y a eu une symphonie, c.à.d. des rapports harmonieux entre société et artistes.
Or on constate depuis les débuts des Temps modernes, c’est-à-dire depuis les commencements du capitalisme, un hiatus entre la société – donc les artistes – et le pouvoir issu de cette société. L’individualisme s’est exacerbé et toute adhésion collective a été perdue au profit de pulsions individuelles. Et c’est là que la thèse de Michel Pastoureau ne tient pas. Est-ce que le blanc dans la série des Blancs sur blancde Malévitch en 1917-1918 est un fait de société ? Il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour l’affirmer.
Et aujourd’hui, le noir-lumière de Soulages – est-ce une construction culturelle complexe ? Billevesées !
Si nous tomberions totalement d’accord pour dire que la couleur a des implications psychologico-physiologiques et physico-philosophiques qui varient selon les cultures, il n’en est pas moins vrai que les grands artistes peuvent intégrer la symbolique des couleurs propre à leur culture, soit qu’il s’agisse d’un choix délibéré, soit qu’il s’agisse d’injonctions irrépressibles de ce que Kandinsky appelait la nécessité intérieure, et là la mémoire plastique joue un rôle de premier plan.
Et ici je m’inscris en faux contre le sociologisme de type marxien qui affirmerait que l’être social détermine l’être conscient.
La mémoire plastique se nourrit de ce que l’œil a perçu dès la petite enfance : d’une certaine géographie des paysages, d’une lumière solaire toujours différente selon les régions du globe, de la polychromie des champs, de l’environnement quotidien etc…
Et qu’est-ce qu’a perçu Sariane ? Il nous l’a raconté dans ses mémoires. Sa petite enfance et son adolescence se sont passées dans les grands espaces méridionaux entre la mer d’Azov et le fleuve Don, là où les célèbres cosaques du Don, ces Ukrainiens russifiés, avaient leur Etat.
La ville de Nakhitchévan où est né Sariane en 1880 était, on pourrait dire, une enclave arménienne au milieu de populations multiethniques où dominaient cependant les Russes et les Ukrainiens. Nakhitchévan se trouvait en face de Rostov, de l’autre côté du fleuve Don, et formait avec cette dernière une seule entité administrative. Dès le début, Sariane synthétisera en lui les cultures russe et arménienne. L’enfance de Sariane dans un milieu paysan fut heureuse. C’est sans aucun doute à cette époque « où l’univers s’ouvrit devant [lui] avec toutes ses merveilles »[5] que l’on doit le constant enchantement, l’exaltation et la jouissance dont est imprégnée son œuvre picturale d’un bout à l’autre, œuvre dont l’intention est de « créer de la joie. ».
La nature est donc d’un bout à l’autre de l’itinéraire créateur de Sariane le lieu par excellence où la vie vivante vient au jour, où s’originent les rythmes et les mystères du monde.
Le peintre s’exclame :
« La sensation de la vie n’est-elle déjà pas le bonheur ?
La vie de la nature est étonnante et mystérieuse. Une graine germe dans la terre, grandit, fleurit en son temps, donne naissance à de nouvelles graines et de ce fait ne meurt pas. Tel est aussi l’homme. Il ne meurt pas car il est la nature même. Le comprendre, c’est connaître l’immortalité, source d’inspiration pour l’homme.
C’est avec cette foi que j’ai traversé la vie, ‘grenier’ de toute mon histoire »[6].
La steppe ! La steppe d’Azov. La maison familiale en pisé, couverte de roseaux, était
« pas une demeure aux alentours. Rien que l’horizon et la steppe à perte de vue, si belle dans sa solitude et son austérité. On voyait se dessiner au loin, sur des collines, les silhouettes de deux moulins à vent, l’un au sud-ouest, dans le village russe de Stavrino, l’autre au nord-est, près du bourg ukrainien de Kouzminki. Et combien y en avait-il dans le village arménien de Tchaltyr !… »[8].
Ou encore ce passage, consacré à un berger et à son troupeau :
« Le globe incandescent du soleil planait au-dessus de l’horizon, le ciel prenait des teintes pourpres. Les versants des collines se teignaient de coulées d’or rougeâtre qui contrastaient avec le bleu violet des dépressions déjà noyées d’ombre. La brume d’un gris lacté s’harmonisait étrangement avec le martèlement sourd du troupeau en marche. Le brouillard s’épaississait, s’étendaient les ténèbres, et tout se noyait enfin dans un bleu presque uniforme. La haute silhouette du pâtre devenait presque indiscernable. »[9].
Ces textes nous permettent de comprendre quelques éléments essentiels de la poétique de Sariane : l’isolement des objets sur l’espace pictural et leur silhouettage.
Le grand critique russe Nikolaï Pounine qui fut, entre autres, à la fin des années 1920 le directeur du Musée National Russe de Léningrad, avait noté ce trait :
« Sariane est un novateur. Il fait partie des peintres européens qui, dès le dernier quart du XIXe siècle, se sont mis en quête, su-delà des limites de l’art européen, de nouvelles traditions, d’un nouveau langage, de formes pour exprimer de nouveaux sentiments qui n’étaient pas connus ni compréhensibles pour le vieux monde européen classique. Sariane, comme eux, est un chercheur et un découvreur de voies. Dans toute sa création, il y a l’acuité et l’audace de ce qui est représenté. Il y a chez Sariane une particularité qui marque presque tous ses travaux : le jaillissement en silhouette… C’est en cela, et non dans la couleur, comme pensent beaucoup, qu’est celé cet élément de mystère, d’hypnotisme, ‘magique’, qui fait sortir Sariane des rangs des artistes ayant du talent et une culture de la forme. »
Revenons aux mémoires de Sariane pour y trouver encore quelques clefs qui nous donneront un meilleur accès à la contemplation de ses tableaux.
« La steppe ressemblait à un immense tapis de fleurs. Mais le plus beau c’étaient les papillons, rouges, jaunes, orangés, bleus, blancs, petits et grands. »[10].
Les différents bleus s’opposent souvent dans les descriptions écrites du peintre arménien aux différentes nuances de jaune. Et cela se retrouve comme un leitmotiv dans ses tableaux.
Sariane reçoit une solide formation professionnelle en peinture et en dessin à Moscou à l’Ecole de Peinture, Sculpture et Architecture entre 1897 et 1904, où il eut, entre autres, comme professeur Korovine, l’adepte en Russie de l’impressionnisme venu des bords de la Seine, et Sérov qui, lui, fut un des meilleurs représentants au début du XXe siècle du « style moderne », appellation russe pour ce que nous nommons en France « art nouveau ». L’impressionnisme allié au style moderne, puis au symbolisme, fut le terreau sur lequel entre 1900 et 1910 s’est formée la future avant-garde russe. Sariane note que les « ambulants » (c’est-à-dire les réalistes engagés qui avaient démocratisé l’art russe à partir de 1863)
« étaient [au tout début du XXe siècle] passés de mode […] L’influence de l’impressionnisme français qui pénétrait en Russie marquait de plus en plus les peintres de Moscou. L’impressionnisme insuffla dans l’art un courant d’air frais et ouvrit de vastes perspectives à la nouvelle génération de peintres. »[11].
Sariane participa en 1904 et 1910 à toutes les expositions importantes qui marquèrent le renouveau de l’art pictural en Russie, dont Diaghilev et sa revue Mir iskousstva, qui exista de 1899 à 1904, furent les initiateurs dans leur rejet du réalisme engagé et de l’académisme.
Sariane, lui-même, dans ses mémoires écrit que
«la sénescente Académie [Impériale des Beaux-Arts] de Saint-Pétersbourg reposait sur ses lauriers »[12].
Deux expositions marquèrent l’apparition relativement éphémère, entre 1900 et 1910, d’un style symboliste russe original : « La rose écarlate » [Alaïa roza] à Saratov en 1904 et « La rose bleue » [Goloubaïa roza]à Moscou en 1907. Sariane y participa avec sa série des « Contes et rêves » utilisant la technique de l’aquarelle ou de la détrempe. Notons tout de suite que Sariane n’aura guère recours à la peinture à l’huile jusqu’en 1919. C’est la détrempe (la tempera) qui domine. Rappelons que la technique a tempera, à la détrempe, fut utilisée dans toute l’Europe médiévale jusqu’aux environs de 1500 où elle fut remplacée par la peinture à l’huile dont l’invention est prêtée aux frères Van Eyck vers le milieu du XVe siècle.
Ce médium était constitué d’un mélange de couleurs et de jaune d’œuf, de colle diluée dans l’eau, d’un liquide adhésif obtenu soit par la cuisson de bouts de parchemin soit par du jus de figue. La peinture d’icônes en Russie jusqu’à aujourd’hui utilise le médium de la détrempe. Rappelons-nous que le savant Père Pavel Florenski, dans une de ses grandes synthèses qu’aimaient les penseurs de la première moitié du XXe siècle, opposait les cultures catholique, protestante et orthodoxe en se référant à leurs cultures picturales dominantes respectives. Ainsi la culture catholique issue de la Renaissance est celle de la peinture à l’huile qui serait « plus apte à reproduire les données sensorielles du monde »[13]. Il y a, pour Florenski, une relation entre les sonorités de l’orgue et de la peinture à l’huile.
« Les touches grasses, la chatoyance des tons de cet art sont liées à la richesse de la musique de l’orgue. Ces couleurs et ces sons ont quelque chose de solide et de charnel. »[14].
La gravure expliquerait – toujours selon Florenski – la culture protestante.
« Si la peinture à l’huile est l’expression de la sensorialité, la gravure, elle, s’appuie sur la rationalité, construisant l’image de l’objet à partir d’éléments n’ayant rien de commun avec celui-ci […] La gravure est un schéma de l’image, elle est construite uniquement selon les lois de la logique, lois de l’identité, de la contradiction et du tiers exclu et, dans ce sens, elle s’apparente fort à la philosophie allemande. L’une comme l’autre s’assigne comme tâche de réédifier ou de déduire le schéma de la réalité, à l’aide seulement de l’affirmation ou de la négation privées de données, tant spirituelles que sensorielles c’est-à-dire de créer tout ex nihilo »[15].
Quant à la technique iconographique, celle de la tempera,
« elle s’explique – écrit Florenski – par l’exigence d’exprimer la métaphysique concrète du monde. »[16]
À l’époque de Sariane, la tempera était commercialisée depuis que le baron von Pereira en avait introduit en 1893 la recette qui consistait en couleurs ne comportant aucune substance grasse et huileuse.
La série des « Contes et rêves » est tout à fait dans l’esprit du symbolisme pictural russe, tel que ses amis Pavel Kouznetsov ou Piotr Outkine l’avaient fait triompher.
Il s’agit d’une poétique issue de l’impressionnisme dans la juxtaposition de zones colorées aux contours imprécis sans d’autre souci que l’harmonie des couleurs, on pourrait dire une musicalité des couleurs. Les êtres et les choses sont entourés d’un halo, le paysage imaginaire y est représenté à l’aide de plages colorées en demi-teintes, créant une atmosphère onirique lyrique. L’impressionnisme est remplacé par un système pictural qui n’est plus en quête d’une figuration illusionniste de l’espace réel mais qui crée, à l’aide de la mémoire plastique, un nouveau paysage. Le vaporeux qui fut un des éléments utilisés avec prédilection par les peintres symbolistes russes, est chez Sariane d’une grande discrétion et est plus dans la lignée de Corot et de Whistler que d’Eugène Carrière. Déjà la force de la couleur distingue très fortement Sariane des évanescences et de la mollesse fluide caractéristiques des œuvres des protagonistes de la «Rose bleue ».
Dans ces collisions de bleu violet et de rouge (Le roi et sa fille), de bleu-indigo, de violet et de vert dans Conte oriental, on sentait l’influence de la miniature arménienne qui culmina aux XIIe-XIIIe siècles et dont l’énergie des couleurs et des formes se retrouve dans l’imaginaire plastique de tout artiste arménien à quelque détour que ce soit de sa création.
Cela est particulièrement net dans la production de Sariane à partir de 1907. C’est à ce moment, on peut le dire, qu’il rompit définitivement avec l’esthétique de la « Rose bleue » qui poussait la dématérialisation de la chair du monde jusqu’au maniérisme. Le critique Sergueï Makovski, directeur de la revue moderniste Apollon, avait dénoncé en 1909 le danger de ce symbolisme où
« la victoire de l’esprit sur la chair devient une rupture dangereuse de l’équilibre. La représentation de la nature a beau être ‘dématérialisée’, la peinture ne saurait devenir incorporelle. Dans la peinture, il doit y avoir de la chair et, plus que cela, le squelette doit être là, sinon elle est menacée par la possibilité de se liquéfier, de disparaître dans les fumées du fantastique. »
Makovski sera écouté des coryphées du symbolisme pictural russe : après 1910, Pavel Kouznetsov, Milioti, Soudieïkine ou Outkine changeront leur manière, abandonneront les nébulosités antérieures et adopteront un style de représentation aux contours bien affirmés.
Sariane n’aura pas besoin des leçons de Makovski pour quitter les préciosités alexandrinistes du symbolisme. Dès 1905, avec la détrempe Charmes du soleil, l’artiste arménien se trouve en phase avec le fauvisme qui est en train de se manifester auprès du public européen. Sariane a inventé son propre fauvisme avant même que ce courant ne se soit répandu dans toute l’Europe. Dans l’exposition du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris sur « le fauvisme ou l’épreuve du feu » en 2000, il y avait un exemple encore plus extraordinaire, c’est celui de Maliavine, un peintre naturaliste russe qui peignit vers 1905 une série de « Paysannes » aux châles et aux jupes bigarrés et tourbillonnants, dans une marqueterie sauvage où la dominante était le rouge. Maliavine avait seulement reproduit sur un tableau la violence criarde des tissus qu’aimaient les gens du peuple. De même que Sariane transcrivait dans le langage de la peinture la violence des paysages écrasés par la lumière solaire.
Le poète Maximiliane Volochine, qui écrivit un très beau texte sur Sariane en 1913 dans la revue Apollon, a constaté à juste titre que Sariane alliait le synthétisme de Gauguin aux formes traditionnelles de l’art oriental.
Il faut sans aucun doute inscrire Sariane dans le sillage du fauvisme européen où il côtoie Renoir, Matisse ou Braque dans les deux Salons organisés en 1908 et 1909 à Moscou par la revue symboliste La Toison d’or. Je ne pense pas qu’il y ait eu une influence décisive des fauves français sur Sariane. Je crois que Sariane s’est développé parallèlement aux Fauves et que l’exemple des Fauves d’a conforté dans sa conception et sa pratique de la peinture. En somme – comme c’est souvent le cas dans les arts – plus que d’influence, il faut parler d’impulsions, en l’occurrence des impulsions de Cézanne, de Gauguin et de Van Gogh.
Le fauvisme de Sariane se conjugue à une structure primitiviste du tableau et cette combinaison fauvisme-primitivisme qui existe aussi chez ses contemporains comme Matisse ou, en Russie, Pavel Kouznetsov ou Pétrov-Vodkine, est totalement originale et donne à l’œuvre de Sariane une tonalité inconnue ailleurs. Nous avons cité au début la notation de Nikolaï Pounine au sujet de la façon dont Sariane silhouette objets et personnages. Pounine y voit même la vraie originalité de Sariane, plus même que sa gamme colorée, pourtant si inédite. Cette mise en silhouette est la structure de base du tableau sur laquelle viennent se greffer les données purement picturales. Cette primitivisation du tableau avait triomphé au 3ème Salon de La Toison d’or en 1909-1910 avec l’intrusion du néo-primitivisme de Larionov et de Natalia Gontcharova qui bouleversa de fond en comble tous les principes – séculairement admis par l’enseignement académique – qui présidaient à la conception et à la pratique du tableau de chevalet : désormais l’icône, l’image populaire – le loubok – l’enseigne de boutique, et tous les produits de l’art populaire, contribuèrent à repenser la structure du tableau.
Prenons Chaleur d’été, chien courant. Il n’y a presque rien de représenté : seules de larges courbes dessinent un mont aux nuances jaunes sur lequel s’inscrit un animal noir indéfinissable (un cheval paissant peut-être) ; un arbre et une portion d’arbre marquetés de noir et de brun-jaune, également indéfinissables, penchés l’un vers l’autre par leur sommet, forment une sorte de voûte que l’on devine ; la forme étirée du chien, toute noire, avec le seul trait brisé rouge de la langue ; les ombres bleues horizontales de l’arbre entier et du chien, mêlées de façon la plus antinaturaliste mais la plus efficace qui soit tandis qu’une traînée bleu-vert verticale est là comme équivalent de l’ombre de la moitié d’arbre. La lumière solaire ne vient pas de l’extérieur, elle est partout, elle irradie de partout.
Je n’ai présenté ici qu’une facette de l’art de Sariane. Mais les caractéristiques que j’ai essayé de montrer à travers les paysages de Sariane se retrouvent dans tous les autres genres auxquels il s’est adonné, natures-mortes et portraits. S’il a peint avec prédilection l’Orient et surtout son Arménie, il n’est pas un peintre local.
Ce que j’appellerai son fauvisme primitiviste ou – si l’on veut son primitivisme fauve – est un apport idiolectique à l’art universel. Dans le concert européen des arts novateurs du premier quart du XXe siècle, il se distingue, bien entendu, par une gamme colorée d’une particulière véhémence dans les contrastes – transcription du prisme propre aux régions inondées par l’incandescence solaire.
Également par le laconisme des formes qui, par leur pouvoir de suggestion, sont des équivalents purement picturaux de la réalité, qui ne représentent pas le monde extérieur dans ses aspects éphémères mais dans son intemporalité. Il n’y a pas d’exotisme de type ethnographique chez Sariane. Ses paysages, ses personnages, ses natures-mortes sont l’expression du bonheur de peindre, ils disent le monde non par la narration mais par le jaillissement des couleurs et des formes opéré par le pinceau de l’artiste.
Bien entendu, les impulsions données par la miniature persane contribuent à différencier l’œuvre de Sariane par rapport au fauvisme européen. Mais, selon moi, c’est surtout la miniature arménienne qu’il faut convoquer non seulement dans la construction de plusieurs tableaux des années 1910 mais surtout dans cette prédominance du bleu par quoi j’ai commencé mon exposé. En effet, le bleu est une dominante de la miniature arménienne. Un bleu très soutenu, très intense – comme chez Sariane. Et ce bleu utilisé par le peintre arménien dans toutes les nuances possibles est bien différent des bleus anémiés des autres peintres de la «Rose Bleue ».
Jean-Claude Marcadé
Antibes, 2003
[1]Michel Pastoureau, bleu – histoire d’une couleur, Paris, Seuil, 2000, p. 7
Valentine Marcadé et Simon Karlinsky (aux murs des œuvres de Maria Siniakova aujourd’hui à la Villa Beatrix Enéa d’Anglet)Alvaro Vargas, Blandine, Coralie, Claude Marcadé au Pam (fin des années 1980)Claude Marcadé, Valentine Marcadé, Coralie et Blandine Marcadé (années 1980)Jean-René Marcadé, Claude, Coralie, Blandine Marcadé au Pam (fin des années 1980)Jean-René Marcadé, Claude, Coralie, Blandine Marcadé (années 1980)Alvaro Vargas, au Capitole à Rome, août 1987Jean, Valentin, Claudine Lavielle, 1984IXOUNE, NOTRE PETIT BERGER DES PyrénéesLe siamois Mamaï à 17 ans (Le Mont Dore, 1990)Mamaï à l’Hôtel des Sapins au Mont Doreen 1990Valentine Marcadé, Riom, août 1991Valentine Marcadé, Le Mont Dore,1993Valentine Marcadé à l’Hôtel des Sapins au Mont Dore, 1993
Sur l’Ukrainien Gogol et ses liens avec la tradition littéraire ukrainienne par le professeur V.N. Pérets en 1902
Профессор В.Н.Перетц « Гоголь и малорусская
литературная традиция »
Из сборника «Н. В. Гоголь. Речи, посвящённые его
памяти». Опубл.: 1902
Гоголь и малорусская литературная традиція.
Окидывая бѣглымъ взглядомъ судьбы нашей литературы за послѣднія сто-полтораста лѣтъ, мы поражаемся ея быстрымъ и могучимъ разцвѣтомъ.
Не прошло столѣтія съ того времени, какъ мы пріобщились къ европейской литературной жизни — и на нашемъ горизонтѣ появились два крупнѣйшихъ и еще не превзойденныхъ художника слова — Пушкинъ и Гоголь.
Послѣдній, разсматриваемый въ отдаленіи полувѣка, на общемъ фонѣ развитія русской литературы представляетъ собою явленіе поразительное.
Чѣмъ былъ до Гоголя русскій романъ, русская повѣсть? Зародясь въ XVII вѣкѣ по образцу переводной, сильно окрашенная мистическимъ настроеніемъ создавшей ее среды и лишь въ слабой степени приближаясь къ реальному воспроизведенію явленій жизни, — эта повѣсть, не успѣвъ окрѣпнуть, тонетъ въ необозримомъ морѣ переводныхъ романовъ XVIII столѣтія. Со второй половины его, въ подражательномъ романѣ Эмина и другихъ появляются живые звуки, напоминающіе наше родное, видны живыя краски современной дѣйствительности, думы и чувства лучшихъ русскихъ людей. Но все это было отрывочно, случайно.
Нѣсколько позже безконечная вереница повѣстей, послѣдовавшая за извѣстными опытами въ этомъ родѣ Карамзина, — не оставила намъ ни одного сколько-нибудь замѣчательнаго произведенія, способнаго пережить послѣдующее столѣтіе. Повѣсти Греча, Булгарина, Полевого и менѣе извѣстныхъ авторовъ — постигло забвеніе, лишь, изрѣдка нарушаемое трудолюбивыми разысканіями историковъ литературы.
И только немеркнущимъ свѣтомъ, какъ лучезарныя звѣзды сіяютъ и весело-привѣтно свѣтятъ намъ изъ далекаго прошлаго немудреные разсказы пасичника Рудаго Панька, изъ хутора близъ Диканьки. Ихъ не затмили шедевры, вылившіеся съ пера цѣлой плеяды талантливыхъ писателей, — и до сихъ поръ мы перечитываемъ повѣсти Гоголя, какъ нѣчто живое, свѣжее; и это чтеніе, отрывая насъ отъ безотрадныхъ порою думъ и мелочей кипящей вокругъ жизни, даетъ намъ чистое эстетическое наслажденіе.
Гдѣ, и въ чемъ тайна этого явленія? Гдѣ источникъ того очарованія, которое испытали всѣ мы въ дѣтствѣ и ранней юности, переносясь вмѣстѣ съ Гоголемъ въ его благодатную Украйну, — и сохранили это очарованіе на много лѣтъ?…
Обратившись за разрѣшеніемъ этого вопроса къ критикѣ, современной Гоголю и позднѣйшей, мы не найдемъ разгадки его очарованія. Мало того, мы встрѣтимъ рядъ изумительно противорѣчивыхъ сужденій. Авторитетный въ свое время Н.А.Полевой одобрительно отозвался о первыхъ повѣстяхъ Гоголя, но затѣмъ измѣнилъ тонъ и первый провозгласилъ, что «Гоголя захвалили». Знаменитый острословъ своего времени, баронъ Брамбеусъ-Сенковскій, говорилъ объ авторѣ «Тараса Бульбы», «Старосвѣтскихъ помѣщиковъ» и пр. — что «у него нѣтъ чувства», что онъ употребляетъ выраженія низкія, грязныя, а по содержанію — его повѣсти ниже романовъ…. Поль-де-Кока.
Ученый критикъ, также нынѣ забытый, какъ и Сенковскій — проф. С.Шевыревъ отмѣтилъ только, что Гоголь имѣетъ чудный даръ схватывать безсмыслицу въ жизни человѣка, но не нашелъ въ его повѣстяхъ ничего, кромѣ смѣшного и забавнаго. Все глубоко-грустное, трогательное, патетическое — прошло мимо его вниманія….
Это странное непониманіе Гоголя можно, кажется намъ, объяснить только однимъ: по природѣ своего духа и творчества онъ былъ чуждъ великорусской литературѣ. Онъ, какъ показываетъ анализъ его первыхъ повѣстей, скорѣе является въ нихъ художникомъ-завершителемъ предыдущаго періода развитія малорусской литературы, нежели начинателемъ новой, общерусской.
Но едва ли не самымъ суровымъ и…. несправедливымъ судьей Гоголя оказался его землякъ, П.Кулишъ. Сначала поддавшись непосредственному вліянію художественнаго творчества нашего великаго писателя, Кулишъ выступилъ затѣмъ съ придирчивой критикой деталей, пытаясь его развѣнчать. Соглашаясь, что въ украинскихъ повѣстяхъ «чувствуется общій поэтическій тонъ Украйны», Кулишъ, однако, настаиваетъ на томъ, что онѣ мало заключаютъ въ себѣ исторической и этнографической истины и, подвергая анализу Сорочинскую ярмарку, выводитъ заключеніе, что Гоголь не зналъ народныхъ обычаевъ.
Но имѣютъ ли въ художественномъ произведеніи значеніе такія мелочи, какъ мѣстныя детали свадебнаго ритуала, которыхъ нельзя обойти въ житейской обстановкѣ? Мы и не ищемъ въ повѣстяхъ Гоголя этнографическихъ изслѣдованій: пусть будетъ правдой только одно изъ сказаннаго съ укоризной Кулишомъ: «украинскія повѣсти Гоголя не болѣе какъ радужныя грезы поэта о родинѣ», и если это такъ — мы будемъ довольны.
Критика Кулиша была опровергнута до мелочей Максимовичемъ, и теперь, много лѣтъ спустя послѣ этого спора, съ развитіемъ и расширеніемъ въ новыя, неизслѣдованныя тогда области историко-литературныхъ изученій — постепенно, ярче и ярче выясняется связь творчества Гоголя съ цѣлымъ рядомъ предшествующихъ поколѣній малорусскихъ писателей и глубоко лежащая историческая основа его.
Кулишъ обвинялъ Гоголя въ незнаніи условій жизни малорусскаго народа; въ томъ, что если онъ и наблюдалъ её — то лишь «съ панскаго крыльца». Но все: факты изъ жизни великаго писателя, его воспитаніе, наконецъ его переписка — опровергаютъ это обвиненіе.
Дѣйствительно ли Гоголь могъ остаться, такъ чуждымъ народной жизни, какъ полагалъ Кулишъ?
Семья Гоголя — была «средней руки малорусская панская семья, вышедшая изъ родовъ казачьей старшины и духовенства, по своему прошлому и настоящему скорѣе буржуазная, чѣмъ аристократическая», какъ мѣтко охарактеризовалъ её новѣйшій біографъ Гоголя[1].
Литературныя и общественныя движенія Европы въ концѣ XVIII ст. не затронули этой среды; мирно прозябая въ своемъ углу, не зная ни вольтеріанскаго вольнодумства, ни масонскаго исканія правды, не производя общественныхъ дѣятелей въ родѣ Новикова или Радищева, — эта среда мирно покоилась почти до половины XIX столѣтія въ объятіяхъ старой семинарской образованности, завѣщанной XVII-мъ вѣкомъ. Въ такой средѣ вѣрно и свято чтутся и хранятся старыя традиціи, въ томъ числѣ и — литературныя. Остановимся на нихъ.
Одинъ изъ предковъ Гоголя, Танскій былъ извѣстенъ, какъ авторъ интерлюдій и пользовался славой Мольера у современниковъ. Этотъ родъ литературныхъ произведеній былъ любимымъ и популярнымъ въ Малороссіи. Онъ перешелъ и въ кукольный театръ — въ вертепное представленіе, даваемое кое-гдѣ и донынѣ на праздникъ Рождества Христова. Школьная драма не обходилась безъ интерлюдій. Въ нихъ выводились на сцену лица изъ простонародья и, что особенно важно — говорили не на литературномъ славянороссійскомъ языкѣ, а на простонародномъ, малорусскомъ, понятномъ всѣмъ слушателямъ.
Любимыми типами въ интерлюдіяхъ были: простоватый мужикъ, въ родѣ Солопія Черевика изъ «Сорочинской ярмарки»; школьникъ-семинаристъ, по малорусски дякъ или, какъ шутливо именовали его авторы сатиръ — «пиворѣзъ»; отбившись отъ школы за великовозрастіемъ, онъ увлекается предметами, чуждыми строгой духовной наукѣ: ухаживаетъ и за торговками, и за паннами, пьянствуетъ и для добыванія средствъ къ существованію поетъ канты и псалмы подъ окнами, пускается на рискованныя аферы. Онъ не прочь порою подшутить надъ неписьме́ннымъ крестьяниномъ, продѣлывая надъ нимъ неблаговидныя шутки: объявивъ себя живописцемъ и взявшись нависать портретъ, онъ вымазываетъ простака сажей.
Въ интерлюдіяхъ разныхъ авторовъ появляются на сцену хвастливый и легкомысленный польскій шляхтичъ, въ родѣ изображеннаго въ «Тарасѣ Бульбѣ», очень смѣлый, но быстро теряющій свою смѣлость при появленіи козака-запорожца; хитрый еврей-шинкарь, прототипъ изворотливаго Янкеля; цыгане, казаки, наконецъ цѣлый сонмъ разной чертовщины — вотъ любимые персонажи малорусскихъ интерлюдій XVIII вѣка.
Эти типы стали постоянными: они повторяются и у Довгалевскаго, и у Конисскаго, и у Некрашевича и наконецъ — на порогѣ XIX ст. и новой украинской литературы — у Гоголя-отца и Котляревскаго. Дьякъ Ѳома Григорьевичъ — Гоголя-отца, Финтикъ — Котляревскаго въ сущности тотъ же переодѣтый дякъ-пиворѣзъ, прямой потомокъ глуповатыхъ, прожорливыхъ и сластолюбивыхъ героевъ старинной интерлюдіи. Этотъ же типъ повторилъ и Нарѣжный въ своемъ романѣ «Бурсакъ».
У нашего великаго писателя характеристика тѣхъ же типовъ осталась традиціонной; измѣнились только формы произведеній, въ которыхъ они выводятся: Гоголь воспользовался народными типами — не въ комедіяхъ, а въ повѣстяхъ. Кто не смѣялся чистымъ, здоровымъ смѣхомъ, читая о похожденіяхъ богослова Халявы и мудраго философа Хомы Брута, крадущаго въ критическій моментъ рыбу изъ кармана зазѣвавшагося товарища, или — послѣ сильныхъ ощущеній пережитыхъ при встрѣчѣ съ вѣдьмою — мирно отправляющагося искать утѣшенія и подкрѣпленія силъ у знакомой вдовы. Вспомнимъ Андрія, сына Тараса, и его похожденія въ Кіевѣ съ дочерью воеводы.
Казакъ-запорожецъ, безъ просвѣту тянущій горилку, но когда нужно — бодро выступающій на защиту вѣры и національности, отлился въ народной пѣснѣ и интерлюдіи въ сходныхъ чертахъ, соединяя въ себѣ и высокое — и комическое. Въ тѣхъ же чертахъ изображаетъ его Гоголь, слѣдуя живому еще въ его время народному преданію.
Кромѣ этихъ мужскихъ типовъ, остановимся на часто встрѣчающемся у Гоголя женскомъ типѣ бойкой, рѣзкой на языкъ бабы — каковой является хотя бы Хивря въ «Сорочинской ярмаркѣ», или Солоха въ «Ночи подъ Рождество». Этотъ типъ находимъ въ массѣ народныхъ сказокъ и анекдотовъ, не всегда русскаго происхожденія, а заимствованныхъ изъ переведенныхъ еще въ XVII в. съ польскаго повѣстяхъ и жартахъ.
Но не одни только юмористическіе типы Гоголя совпадаютъ съ установившимися типами украинской литературы и народной словесности. Мы видимъ и другія лица, обрисованные инымъ размахомъ, иными красками. Трогательный типъ матери-казачки, воспѣтой въ рядѣ думъ и пѣсенъ, воспроизведенъ Гоголемъ въ лицѣ матери Остапа и Андрія.
Одинъ изъ критиковъ объяснялъ высоко-патетическое настроеніе всей повѣсти «Тарасъ Бульба» болѣзненною приподнятостью нервовъ, природной склонностью къ аффектаціи и риторизму, присущей Гоголю. Нѣтъ спора, въ раннихъ письмахъ Гоголя проявляются очень замѣтно эти черты его стиля. Но не забудемъ стиля и настроенія тѣхъ несомнѣнныхъ источниковъ, изъ которыхъ создался Тарасъ — и мы поймемъ, откуда взялся высоко-патетическій тонъ разсказа, самые герои и ихъ подвиги.
Гоголь живо интересовался народностью и, тоскуя въ Петербургѣ по родинѣ, почти во всѣхъ письмахъ къ матери, сестрѣ, знакомымъ, вплоть до появленія «Ревизора», повторялъ просьбы о присылкѣ ему старинныхъ пѣсенъ, преданій, повѣрій, даже костюмовъ народныхъ.
Безъ сомнѣнія, не разъ въ дѣтствѣ и самъ слышалъ онъ думы кобзарей — и о Самойлѣ Кишкѣ и о Марусѣ Богуславкѣ, о трехъ братьяхъ, бѣжавшихъ изъ Азова, и цѣлый рядъ другихъ думъ, обрисовывающихъ вѣкъ борьбы славнаго лыцарства запорожскаго за вѣру и народность. Живы были у всѣхъ въ памяти и пѣсни о недавно минувшихъ гайдамацкихъ войнахъ.
Гоголь, будучи ученикомъ Нѣжинскаго Лицея, любилъ бродить по базару; — и до сихъ поръ рѣдкій базаръ, ярмарка въ Малороссіи обходятся безъ пѣнія старцевъ, трогающаго подъ-часъ и самую загрубѣлую, черствую душу. Да и въ усадьбу Гоголей не разъ, вѣроятно, заходили кобзари и лирники потѣшить пановъ и получить себѣ подачку на пропитаніе.
Вотъ тотъ источникъ, изъ котораго объясняется многое въ «Тарасѣ Бульба» и «Страшной мести».
Малорусскія думы, слѣды которыхъ восходятъ до XVI вѣка, сложились, относительно формы, подъ вліяніемъ школьной литературы. И, если эта литература была блѣдна, давала мало живыхъ отраженій народнаго настроенія и внутренней жизни, то въ думахъ, наоборотъ, мы находимъ почти полную исторію героической и многострадальной Украйны XVI—XVIII вѣковъ, какъ она отразилась въ народномъ пониманіи и прошла сквозь призму его поэтическаго творчества. И Гоголь это глубоко чувствовалъ. «Всѣ думы и особенно повѣсти бандуристовъ ослѣпительно хороши», пишетъ онъ И. И. Срезневскому[2]. «Я къ нашимъ лѣтописямъ охладѣлъ, напрасно силясь въ нихъ отыскать то, что̀ хотѣлъ бы отыскать»… «Я недоволенъ польскими историками, они очень мало говорятъ объ этихъ (казацкихъ) подвигахъ… И потому-то каждый звукъ пѣсни мнѣ говоритъ живѣе о протекшемъ, нежели наши вялыя и короткія лѣтописи…
Во многихъ мѣстахъ своего «Тараса Бульбы» и другихъ повѣстяхъ Гоголь пользуется почти буквально народнымъ преданіемъ и думами, которыя передаетъ съ незначительной перефразировкой. Пособіемъ здѣсь служили ему сначала память, опиравшаяся на записи родныхъ, а позже — изданія Срезневскаго и Максимовича.
Упомянемъ еще, что въ основаніи разсказа «Ночь подъ Рождество» лежитъ легенда о благочестивомъ кузнецѣ-живописцѣ, извѣстная всей средневѣковой Европѣ и задолго до Гоголя ставшая народной въ Малороссіи.
Но не одно это обстоятельство связываетъ Гоголя съ малорусской литературой. Какъ отецъ его имѣлъ предшественниковъ въ лицѣ Котляревскаго и авторовъ интерлюдій, такъ и Ник. Вас. въ значительной степени связанъ съ своими предшественниками: съ Квиткой — относительно «Ревизора» и съ Нарѣжнымъ — въ повѣстяхъ. Не мѣсто разбирать здѣсь, въ какой мѣрѣ «Пріѣзжій изъ столицы» Квитки отразился въ «Ревизорѣ», и что̀ могъ дать «Бурсакъ» и «Два Ивана» для повѣстей «Вій» и «О томъ, какъ поссорился Иванъ Ивановичъ съ Иваномъ Никифоровичемъ», Гоголя.
Для насъ важно вовсе не то, могъ ли въ данномъ случаѣ Гоголь подражать, или творилъ самостоятельно. Исторія литературы давно уже показала намъ, что и въ произведеніяхъ великихъ художниковъ наблюдаются часто безсознательныя повторенія и заимствованія. Писатель всегда зависитъ отъ своихъ предшественниковъ, что̀ было уже указано относительно Пушкина. Да и самъ Гоголь не скрывалъ источника своихъ сюжетовъ: два изъ нихъ даны ему Пушкинымъ. Такъ поэтъ захватываетъ частицы сдѣланнаго до него и часто изъ обломковъ воспринятыхъ впечатлѣній — строитъ по новому плану зданіи своего творчества.
Относительно Гоголя вѣрнѣе всего, кажется намъ, объяснять совпаденіе его съ Квиткой и Нарѣжнымъ общностью источниковъ: анекдотовъ, данныхъ народнаго быта, народныхъ преданій и — той литературной традиціей, которая шла, не прерываясь отъ первыхъ годовъ возникновенія малорусской литературы, въ стѣнахъ школъ XVI вѣка, вплоть до выступленія на литературное поприще Гоголя.
Я не буду утомлять ваше вниманіе, м. гг., подробнымъ исчисленіемъ звеньевъ, связывающихъ творчество Гоголя съ народнымъ. Тоскуя вдали отъ родины, онъ, какъ легендарный Антей, коснулся родной земли, и она наградила его неистощимымъ запасомъ творческой силы. Мечты о родинѣ вдохновили тоскующаго поэта и помогли ему перенестись мыслью изъ непривычной обстановки непривѣтливаго сѣраго города въ свободную ширь родныхъ степей, подъ лучи жаркаго, яснаго солнца Украйны, и здѣсь, отозвавшись на звукъ народной думы, преданія, наивнаго повѣрья, онъ въ стройномъ художественномъ синтезѣ объединяетъ и отражаетъ то, что̀, не одухотворенное геніальнымъ творческимъ одушевленіемъ, давно уже росло и развивалось, ожидая своего объединителя и творца.
В. Перетцъ.
Примѣчанія.
Н. Коробка, Ж. М. Н. Пр. 1902, февр. Письма, изд. Шенрока, I, 278.
ARCHIVES – UN REPAS CHEZ LARISSA ET EVGUENI kOVTOUNE (LENINGRAD, ANNEES 1980)
depuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Alla Povélikhina, Pavel Kondratiev, Evguéni Kovtoune, Larissa Kovtounedepuis la gauche : Jean-Claude Marcadé, Alla Povélikhina, Fédia Kovtoune (le fils de Larissa et Evguéni), Pavel Kondratiev, Evguéni KovtouneLARISSA KOVTOUNEPavel Kondratiev et Evguéni Kovtounedepuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Alla Povélikhina, Pavel Kondratiev, Evguéni KovtouneFédia KovtouneAlla Povelikhina et Fédia Kovtrounedepuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Alla Povelikhina, Pavel Kondratiev, Larissa Kovtounedepuis la gauche – Jean-Claude Marcadé, Pavel Kondratiev, Evguéni et Larissa Kovtoune
Archives – « Le Monde » sur Poutine et la Russie déjà en 2007-2008
Date : 28 novembre 2007 17:44:11 HNEC
À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>
Objet : les toinettes, les pythies, les moutons de panurge de l’information sur Poutine et la Russie
Après l’ ignoble papier de Glucksmann osant comparer le peu recommandable Khodorkovski au martyr de la liberté que fut Sakharov, voici l’éditorial et l’article des toinettes du journalisme à propos des incidents, relativement mineurs par rapport à ce qui se passe dans des pays aux traditions démocratiques plus anciennes que ce n’est le cas en Russie, intervenus lors de manifestations dans les deux capitales -comme toujours, c’est le ressassement de faits antérieurs amalgamés aux faits actuels afin de gonfler l’effet de dramatisation (mais, tiens, plus rien sur la Tchétchénie! Bizarre, non?). Donc haro sur Poutine que nos toinettes du Monde mettent à toutes les sauces, dès qu’il y a un événement négatif un peu partout en Russie : c’est le Kremlin, c’est Poutine qui est derrière. Naguère, un humoriste répondait à toutes les questions : « Stéphanie de Monaco »…
En revanche, nous avons le résultat des incidents entre manifestants et la police, mais non les causes. Il s’agit, d’après les toinettes journalistes, de manifestations pacifiques qui n’enfreignent nullement les droits légitimes des citoyens. Or avez-vous vu dans notre petit pays de France des manifestations qui ne seraient pas autorisées, en accord avec la préfecture de police sur les itinéraires, laisser indifférent un maire ou un gouvernement quels qu’ils soient? Ne faisons pas croire aux Russes que chez nous on peut impunément manifester en dehors de certains cadres établis par la loi. D’autre part, je ne cesse de m’élever contre l’idée que Kasparov représenterait l’opposition à lui seul; financé, entre autres, par l’escroc et criminel Bérézovski, son programme politique est très primaire : « La Russie sans Poutine ». A côté de la droite ultra-ultra-minoritaire de Kasparov, il y a la gauche fascisante de Limonov (tiens! il n’est plus mentionné dans vos papiers!) avec comme emblème, que vous refusez de montrer, de la faucille et du marteau en forme de swastika sur des brassards aux couleurs nazies. Mais, dans la droite libérale, il y a des personnalités de qualité dont le programme et l’action ne vous intéressent guère. Enfin, ignorer, comme opposition importante, les communistes, c’est purement de la malhonnêteté, car ils trouvent un écho en Russie malgré l’ultra-présence du parti poutinien partout.
Je reviens de 3 semaines en Russie, dans les deux capitales et dans l’Oural, j’ai noté que la majorité de mes interlocuteurs étaient anti- « Russie unie » et anti-Poutine, ce qui prouve que, malgré la matraquage du parti officiel, tous les Russes ne sont pas près à se laisser impressionner, mais qu’ils votent, comme chez nous, selon des critères plus ou moins valables dans l’absolu, pour tel ou tel parti. J’ai vu un peuple et une société extrêmement dynamiques malgré le niveau de vie faible par rapport à l’Occident.
En plus d’être des toinettes, nos spécialistes de la Russie sont des pythies, ils vous concoctent des scénarios sur l’après-poutine comme si vous y étiez. Ces politologues de service sont la plupart démentis par les faits, mais cela ne fait rien, tels nos sondeurs – ils continuent à prophétiser et ne prennent aucun risque lorsqu’ils sont démentis.
Enfin, notre presse occidentale est à la traîne des analyses de l’Amérique et de son satellite l’Angleterre et est incapable d’avoir son jugement équilibré. Nous avons commencé à être les moutons de Panurge à partir de la couverture de la guerre avec la Serbie, où seules les versions de l’Otan étaient mentionnées dans tous les media. Paradoxalement, les américanistes Sarkozy et Kouchner, qui devaient nous faire voir ce que l’on verrait, ont une position, à mon avis juste, de l’évolution de la société russe – il faut tenir compte de l’histoire du pays et surtout ne pas donner des leçons quand soi-même on n’est guère exemplaire. Cela ne veut pas dire fermer les yeux sur les faits négatifs, mais sans cet hystérique a-priori antipoutinien, qui se révèle bien souvent comme un racisme antirusse. Dans son compte-rendu du film de Sokourov « Alexandra », J.M. a trahi la position du Monde, qui va pousser des cris d’orfraies pour la nier, en parlant du « russophile Sokourov »!!! Donc il faut être russophobe pour plaire à J.M. et au Monde… Et la censure du journal concernant le prix spécial du jury de Venise au film « 12 » de Mikhalkov…
Le problème de la Russie, ce n’est pas le Kremlin ou Poutine, c’est la totale absence de contre-pouvoirs, car la population qui peine à vivre convenablement, est plus préoccupée par la stabilité acquise que par des revendications sous forme de grèves ou de manifestations. Il faudra du temps pour que l’immense Russie atteigne un niveau de vie confortable et puisse alors faire jouer des mécanismes démocratiques.
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De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>
Date : 21 décembre 2007 11:49:07 HNEC
À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>
Objet : de la désinformation sur la Russie (suite)
Mme Jégo devrait se reconvertir dans le roman policier, là ses « éclairages » et ses intuitions seraient les bienvenus (je me demande si elle vit vraiment en Russie, ou si elle se contente de regarder les sites internet) – ou bien alors, je vois pour elle un recyclage dans une série télévisée à la Dallas avec Poutine dans le rôle de JR. Et pendant ce temps, les lecteurs du Monde continuent à être désinformés sur l’état réel de la Russie aujourd’hui.
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De : Jean-Claude Marcadé<jc.marcade@wanadoo.fr>
Date : 18 janvier 2008 18:52:37 HNEC
À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>
Objet : la haine de kasparov
« Le Monde » est vraiment ignoble : non seulement vos lecteurs ne sauront pas que Kouchner a donné au journal d’Anna Politkovskaïa « Novaïa gaziéta » une interview où il déclarait, entre autres, que nous n’avions pas à donner des leçons à la Russie, que Mikhalkov a obtenu un lion d’or à Venise pour son film « 12 », que Poutine a été déclaré « l’homme de 2007 » par le « Time », que la nombreuse opposition du petit pays qu’est la Géorgie dénonce, à tort ou à raison, des « fraudes massives » lors des élections présidentielles, que Kasparov ne représente politiquement rien en Russie, que même ses alliés, dont Mme Alexéïéva, ne veulent plus rien à voir avec lui, etc.etc.etc., mais vous publiez un article haineux, qui amalgame de façon émotionnelle-hystérique des faits disparates, qui salit non seulement le honni Poutine, mais également notre chef de l’Etat, Sarkozy, élu largement (malgré vous, sans ma voix…). On se demande pourquoi il est nécessaire de déverser sur Poutine ces avalanches d’imputation de totale malfaisance. A ce que je sache, Poutine a souscrit à l’abolition de la peine de mort, a signé le protocole de Tokyo, n’a pas porté la guerre, sans être menacé, loin de ses frontières en créant désastres irréparables et désolation, ne fomente nulle part dans le monde (comme le faisait l’URSS et le fait toujours la CIA) des complots, a mis la Russie sur la voie du redressement etc. Ce n’est pas rien pour un pays qui a connu 70 ans de dictature sanglante et de gabégie, qui est, rappelons-le aux roquets de la fable qui aboient sur les éléphants, le territoire le plus grand au monde.
Que quelqu’un, qui est politiquement un zéro, se permette de reporter, de l’étranger où il vit confortablement, la haine qu’il a pour Poutine sur notre chef de l’Etat, est indigne de la déontologie du grand journal que vous voulez être. Jamais le pus farouche opposant français à Sarkozy n’emploie une telle rhétorique offensante. Mais vous avez la lâcheté de le faire, en vous couvrant du fait qu’il s’agit de la rubrique « débat » : ce n’est pas nous, c’est lui…C’est misérable. A quand un article du sympathique Bérézovski et du sympathique Tchetchène de Londres Zakaïev? Et à quand le grand philosophe Glücksman qui vous a trompés avec « Libération » où il a été très gentil avec Sarkozy après que ce dernier l’a invité dans sa suite, je crois en Egypte (ou ailleurs?).
Il ne faut pas vous étonner de vos difficultés, continuez comme cela à pipoliser le journal à manière de la « BildZeitung » et l’on continuera à cesser de vous lire.
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De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>
Date : 8 février 2008 16:13:09 HNEC
À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>
Objet : Mes notes sur la perverse désinformation du Monde sur la Russie
Votre éditorial « la vindicte de Poutine » est poussive car vous n’avez guère de matière sur la prétendue main-mise malfaisante du chef de l’Etat sur tous les rouages de l’Etat russe, sauf de ressasser les mêmes arguments. Et le peuple russe a-t-il une autre existence pour vous que celle d’une petite minorité de droite ou fascisante? Ce peuple russe est donc très idiot et « apathique » (selon votre politologue préférée) pour, avant même toute propagande télévisuelle et autre, donner sa préférence massive au poulain de Poutine, le « terne » (selon votre verdict définitif) Medvédev. Etre prorusse, c’est mal – écrivez-vous à longueur de colonnes. Qu’est-ce, sinon de l’antirussisme avéré?
Je note la mansuétude de vos articles concernant la Chine, qui rappelle celle que vous aviez jadis à l’égard de l’URSS dont chaque pet fleurait bon…Et alors que la Russie est devenue une démocratie malgré les aléas que cette démocratie peut connaître, vous faites tout non pour l’aider à être plus démocratique, mais au contraire pour donner de la voix uniquement aux escrocs (Bérézovski, Khodorkovski et ses complices) , aux malhonnêtes (Kassianov) ou aux agités (Kasparov-Limonov). Les opposants qui ont la dignité de ne pas faire appel à l’Occident pour soutenir leur combat ne vous intéressent guère. Il vous faut du piment!
J’avoue avoir été interloqué d’entendre de la bouche de personnes cent pour cent antipoutiniennes, à ma déclaration que Khodorkovski passait en Occident pour un héros et une victime : Quel héros? Quelle victime? Quand il avait les coudées franches, il n’hésitait pas à éliminer ses concurrents – je n’ai pas d’information à ce sujet, mais ce n’est pas chez Mme Jégo que je la trouverai, qui ne fait que répéter les informations antirusses d’internet.
Objet : RE: Mes notes sur la perverse désinformation du Monde sur la Russie (suite)
Le Monde persiste et signe…Que Mme Jégo consacre un article à Mme Litvinovitch, pourquoi pas, mais qu’elle essaie à travers lui de nous rendre respectable son chéri Kasparov , le seul vrai opposant à Poutine (sic!), et qu’elle nous parle de la passivité de la jeunesse russe parce qu’elle ne suit pas massivement les manifestations de ces individualités qui n’ont aucun programme sérieux, c’est à la limite de l’honnêteté journalistique. Car nous attendons toujours un article complet sur l’opposition au parti dominant, avec ses personnalités et ses programmes. On nous sert des portraits d’individualités qui, certes, le méritent mais qui ne nous donnent qu’une vue très partielle de la réalité russe. Mme Jégo ressemble au Répétilov du « Malheur d’avoir de l’esprit » de Griboiédov dont la seule politique de vie était « Faisons-du bruit, mes amis, faisons du bruit! ». La jeunesse russe ne serait passive que parce qu’elle ne suit pas massivement quelques trublions (Kasparov-Limonov), mais quand cette jeunesse est poutinienne (les fameux « Nachi ») et qu’elle manifeste, elle est traitée de moins que rien. Pour ma part, j’observe le dynamisme incroyable de la jeunesse russe dans son ensemble qui se bat quotidiennement pour améliorer ses conditions de vie. Et il y a à faire en Russie! Car son état est loin d’être à la hauteur de ses ambitions.
On saura que Kasparov est soutenu par Mme Litvinovitch, mais on ne saura rien, nous les lecteurs du Monde, sur le dernier discours important de Poutine, ni sur l’intervention d’Ivanov à Munich. Tout cela n’a aucun intérêt, certainement, pour le futur de la Russie ou pour les rapports internationaux, car ceux-ci paraissent uniquement réglés par la politique si porteuse d’espérance des Etat-Unis. On ne saura rien sur la présence de Perminov à Kourou avec Sarkozy (mais Sarkozy, n’est plus votre chou-chou…)
Espérons qu’avec l’intègre M. Schweizer « Le Monde » aura plus de souci d’intégrité informationnelle…
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De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>
Date : 16 février 2008 17:55:47 HNEC
À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>
Objet : Mes notes sur la perverse désinformation du Monde sur la Russie (suite)
Décidément, les choses continuent au Monde – rien de ce qui s’est fait en Russie et de ce qui se fait aujourd’hui ne trouve grâce à ses yeux. Aucune lueur de quelque chose de positif. Et l’avenir est sombre puisque Medvédev est déclaré a priori la créature de Poutine. Nous avons donc le salmigondis habituel de Mme Jégo qui fait une « synthèse » d’une superficialité abyssale (les anecdotes seules sont dominantes) de la conférence de presse de Poutine, avec une minime mention incidente du discours-programme de Medvédev à Krasnoïarsk d’une très grande importance pour l’avenir et montrant un Medvédev loin de la potiche que nous présente Mme Jégo avec l’aval du Monde. La mauvaise foi n’est pas seulement dans le choix des déclarations de Poutine (par exemple, sont passées sous silence son indignation du système général des pots-de-vin en Russie et sa volonté de lutter contre la corruption). Comme à la Russie, à travers Poutine, il est fait en permanence un procès d’intention, la règle est de faire un florilège de citations négatives ou, pire, de faire dévier les propos vers des affirmations péremptoires. Ainsi, on parle de « successeur programmé » (le peuple votant est un troupeau de moutons, de Gaulle aurait dit de « veaux », que l’on peut manipuler comme on l’entend?). Ainsi, Le Monde est coutumier de mettre des titres qui forcent le contenu des articles. Ce n’est pas de l’information, c’est du commentaire avec visée malveillante. Quand, enfin, Le Monde reviendra-t-il d’abord à l’information de première main, d’après laquelle le lecteur peut se faire une opinion, ce qui n’empêche pas le journal d’en faire le commentaire et d’avoir son opinion? Mais d’abord l’information! Et non d’abord le commentaire!
Où est passé Piotr Smolar qui faisait des papiers sur l’aire ex-soviétique où justement nous étions informés de façon équilibrée? Etait-ce trop équilibré aux yeux de la rédaction du Monde?
Ne pourrait-on envisager pour des sujets aussi brûlants et controversés de les présenter sous des rubriques « Pro » et « Contra », en faisant appel à des personnalités compétentes (par exemple, pour l’économie russe- vous ne faites jamais appel à un parfait connaisseur de la question, chercheur au CNRS, Jacques Sapir).
Mme Jégo n’est pas sensible au style russe imagé de Poutine. C’est une affaire de goût. Mais il faut qu’elle s’habitue que la Russie n’est pas le pays de Voltaire et que l’usage des proverbes et des expressions populaires y est courant. Il faut que l’Occident s’habitue, plus généralement, que la Russie atteint à l’universel par des voies autres que celles de l’Occident – et heureusement! Heureusement que Poutine ne parle pas comme Bush ou comme Sarkozy.
Le bouleversant film de Lounguine « L’île » est la preuve qu’en effet les Russes sont autres – et tant mieux! Quel enrichissemnt pour le monde!
L’idée du Monde de faire présenter ses volumes philosophiques par des personnalités médiatiques n’est pas forcément très bonne (toujours cette tendance pipolisante!). La présentation du Voltaire par M. Lévy est affligeante – ce n’est plus le logos, c’est la logorrhée, le pathos – Voltaire précurseur de Lévy dans sa dénonciation de l’islamisme….Mais on pourrait, dans cette veine pathétique, montrer que Voltaire, au-delà de son antichristianisme, annonce l’antijudaïsme (je n’ose dire l’antisémitisme) dans ses articles du terrible, mais salubre pour les croyants comme pour les incroyants, « Dictionnaire philosophique » dont, semble-t-il Mahomet et le Coran sont absents.
Nietzsche dans son « Schopenhauer als Erzieher » parle des philosophes de son temps qui tenaient le haut du pavé comme appartenant à l’ « Afterphilosphie » – je laisse le soin de traduire « After » à M. Lévy.
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De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>
Date : 12 mars 2008 18:51:56 HNEC
À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>
Objet : de la désinformation sur la Russie (suite)- circenses ludi!
Tiens! Tiens! Rien sur la Géorgie, sur son opposition au pouvoir en place, sur la grève de la faim de cette dernière – N’est-ce pas significatif, indirectement, de l’information malhonnête du Monde sur la Russie dont « L » opposition (toujours cet article défini qui ne désigne que les trublions sans écho dans le pays) a fait l’objet d’une très belle photo en couleurs en première page lors de sa manifestation provocatrice réprimée? Si ce n’est pas une preuve flagrante de la dépendance du Monde des médias anglo-saxons et/ ou sous influence de la CIA, alors qu’est-ce? Le dialogue Merkel-Poutine escamoté à l’avance; les propos de Kouchner sur les élections russes malicieusement tronqués etc.etc.
Vous commettez une mauvaise action en faisant croire à « l »opposition que les manifestations en Occident peuvent se dérouler sans règles, ou alors on crée un climat d’émeute. L’opposition a besoin d’apprendre, autant que le pouvoir russe, la démocratie. Vous lui rendez mauvais service en faisant passer des actions irresponsables pour de la « vraie » opposition (c’est pour cela que vous ne parlez guère des vrais opposants, avec un programme, comme, par exemple, Iavlinski – il vous faut du sang, du croustillant – panem et circenses…)
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De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>
Date : 29 mars 2008 16:52:19 HNEC
À : smolar@lemonde.fr
Objet : le reflux démocratique dans l’ex-ursss
Cher Piotr Smolar,
J’apprécie beaucoup vos papiers qui sont équilibrés, mais il me semble que la « ligne générale » du » Monde » pointe parfois, noblesse oblige…
Je pense qu’on ne peut comparer la politique à l’oeuvre dans des petits pays comme la France, l’Ukraine, La Géorgie et tous les autres pays ex-satellites ou non de l’URSS avec la Russie, un pays qui est un continent, le plus grand Etat géographiquement parlant au monde, une mosaïque ethnique, linguistique, culturelle, religieuse d’une complexité inconnue ailleurs. De plus, le passé récent et de toujours de la Russie permet de comprendre pour quoi la démocratie, réelle selon moi, si l’on compare avec l’URSS, éprouve des difficultés à se mettre en place. Et il y a encore tant de petits potentats soviétiques quand on va un peu loin de Moscou!
Il est de mode de parler de la paranoïa russe, brandissant le complot international qui menace le pays. Mais vous serez d’accord avec moi que la Russie d’aujourd’hui, à la différence de l’URSS, ne menace personne en dehors de ses frontières, et qu’elle peut être inquiète à juste titre de voir l’unipolarisme américain triomphant venir placer des missiles ou les armes de l’Otan à ses portes. Aucun Etat ne resterait passif dans de telles conditions.
Objet : de la désinformation du « Monde » sur la Russie (suite)
Mme Jégo s’est surpassée dans son compte-rendu du livre de Natalia Narotchnitskaïa « Que reste-t-il de notre victoire? Russie-Occident : le malentendu ». C’est un petit chef-d’oeuvre de mauvaise foi et de malintention, digne des textes de l’époque soviétique qui vilipendaient ceux qui n’étaient pas dans la « ligne générale » : citations tronquées et amalgames sont mis au service du dénigrement systématique de l’auteure qui nous est présentée – ô crime impardonnable!- comme « le chantre d’un patriotisme décomplexé dans la Russie de Vladimir Poutine » .donc – a priori – tout doit être faux : vous pensez : cette auteure fait partie de « la Russie de Poutine », mais c’est dégoûtant ça, cela sent le kgb, les chiottes de Poutine et autres méfaits du Grand Satan. Donc – démolition en règle. Ce petit chef-d’oeuvre de recension devra faire partie à l’avenir d’une anthologie. Il montre en tout cas le sérieux des « analyses » et des comptes-rendus de Mme Jégo sur la Russie.
Mme Jégo se paie également un éminent chercheur du CNRS, économiste de réputation internationale, Jacques Sapir, pour avoir osé dire que ce qui se passe dans un pays qui est un continent doit être proportionné par rapport aux petits pays européens (les crimes racistes des skinheads allemands sont, en effet, proportionnellement plus, ou au moins autant, significatifs que ces mêmes crimes dans la Fédération de Russie). Mais c’est vrai que Mme Jégo préfère Kasparov, un grand politique et un grand savant, qui pense qu’il renversera le régime actuel (la fameuse « Russie de Poutine ») si on lui donne le contrôle de la télévision et des media…
Objet : de la désinformation sur la Russie (suite)
A propos de l’article de Pierre Hassner « Les dilemmes de l’Occident », je ne parlerai que de ce que je connais bien, à savoir l’histoire de la Russie : mettre sur le même plan les Albanais du Kossovo, les Tchetchènes de la Fédération de Russie et les Tibétains annexés par la Chine ne tient pas à l’examen :
1) il n’y a pas eu de colonisation de la Tchetchénie, comme la France a colonisé la Corse ou l’Algérie, la Russie – l’Ukraine, la Sibérie ou l’Estonie, les Hans – le Tibet;
2) il y a eu russification, comme partout ailleurs dans l’Empire russe, puis soviétique, mais pas de christianisation forcée et création, sur la base de la tradition orale, d’une langue tchetchène écrite au début des années 1920;
3) il n’y a pas eu simplement une lutte entre le pouvoir central de Russie et le séparatisme tchetchène, il y a eu la lutte des Tchetchènes entre eux pour le pouvoir dans la république autonome de Tchetchénie. Donc dire « les » Tchetchènes, comme s’il s’agissait d’un bloc dressé contre le pouvoir de Russie, ne correspond pas à la réalité : il y a eu, essentiellement, trois groupes politiques tchetchènes qui ont lutté pour le pouvoir : les whahabites qui ont mené des actions terroristes dans toute la Fédération de Russie et dont le programme était l’indépendance totale et la création d’un Etat islamique pur et dur; l’islamisme dit « modéré » de Maskhadov qui a été mêlé à des actions terroristes contre les représentants du pouvoir de la Fédération de Russie; l’islamisme pro-russe des Kadyrov qui a fini par prendre le dessus. Ces trois groupes tchechènes ont mené une guerre impitoyable les uns contre les autres.
Rien à voir, donc, avec le Kossovo ou le Tibet qui n’ont pas connu de luttes fratricides, mais seulement des luttes contre ce qu’ils considéraient comme des envahisseurs, pour l’indépendance et l’affirmation de leur culture.
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De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>
Date : 1 septembre 2008 01:07:38 HAEC
À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>
Objet : l’ »information » sur la Russie
Les médias européens et, en particulier, français se sont surpassés dans la présentation de la « guerre » Géorgie-Russie : depuis l’information sur la guerre contre la Serbie, nous n’avions connu rien de plus indécent. Et ces médias prétendent donner des leçons aux médias russes! Je dois dire que « Le Monde » (à mon grand étonnement) a été parmi les plus modérés et équilibrés même si le racisme antirusse, sous prétexte d’antipoutinisme », n’a pas manqué de pointer çà et là : Poutine en pieuvre de Plantu (qui s’est déjà planté avec la Serbie, mais on pardonne à un dessinateur génial), le sourire que M. Dhombres a réussi à voir chez Poutine (nous, nous avons vu plutôt à plusieurs reprises les sourires « Colgate » de Saakashvili aux pires moments de ce conflit…); et toujours les coups de pied de l’âne de Mme Jégo (qui s’est pourtant calmée!); et, bien entendu, les papiers orientés du « philosophe » Lévy (tiens, pas de Glücksman?) et hier d’un obscur spécialiste géorgien du Caucase qui ne nous a livré, sur toute une page s’il vous plaît, que des ânonnements obscurs; et, bien entendu, les lacunes dans l’information, très révélatrices, surtout celle concernant l’opposition politique géorgienne qui a été réprimée par le « bouillant » Saakshvili (tiens, cela me rappelle le « flamboyant » Bérézovski de Mme Nougayrède), opposition bien plus importante que les groupuscules russes genre Kasparov ou Limonov, si chers à Mme Jégo. Cette Russie, que vous regardez de haut et dont vous ne cessez de donner une image négative, est un continent multinational et multiconfessionnel où, par exemple, j’ai pu le constater, les populations chrétiennes et les populations musulmanes coexistent pacifiquement, ce qui n’est pas le cas partout, et chez nous en particulier! Et la Tchetchénie est une affaire intertchetchène autant que tchetchéno-russe, et elle est aux mains des Tchetchènes, certes prorusses – ce qui pour « Le Monde » les discrédite a priori (ah! s’ils étaient proaméricains, comme ce serait bien!)
Evidemment, vous évitez de dire que Poutine depuis des mois et des mois, n’a cessé de dire le caractère explosif de la situation au Caucase géorgien, vous vous contentez de ressasser des formules qui ne veulent rien dire mais qui font de l’effet : le regret de la perte de l’Empire, comme si la reconnaissance de tout petits pays comme l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, apportait quelque chose d’important à l’ »impérialisme » russe – c’est aussi ridicule, mutatis mutandis, que l’argument selon lequel Khodorkovski était un danger politique pour Poutine.
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De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>
Date : 6 septembre 2008 17:08:55 HAEC
À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>
Objet : de la campagne antirusse (suite)
Le papier de M. Vernet justifiant la reconnaissance de l’indépendance du Kossovo et condamnant la reconnaissance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhaszie est un vrai petit exercice jésuite, avec des ellipses, des lacunes, des silences sur certains faits, quand ceux-ci n’entrent pas dans le schéma antirusse tracé à l’avance. Bien entendu, il n’y a aucune originalité car ce sont les positions que l’on retrouve dans les sites sous influence de la CIA, comme « gazeta.ru ». Est-ce que les journalistes du « Monde » ne pourraient pas avoir une analyse et une information autres, que celles venant du monde anglo-saxon? Par exemple, la mauvaise foi consistant à souligner ce qui n’a pas été dit lors du sommet du Groupe Shangaï, à savoir la reconnaissance de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, alors que ce n’était pas le but de la rencontre, mais de passer sous silence ce qui a été dit, à savoir l’approbation sans réserve de la façon dont la Russie a répondu à la monstrueuse agression de la Géorgie en Ossétie du Sud. N’est-ce pas un exemple flagrant de jésuitisme? Et je ne parle pas du pathos subjectiviste de M. Dhombres, ému par certaines images, mais ne voulant pas en connaître d’autres (celles, par exemple de la dévastation de Tskhinvali et de ses victimes – mais que sont les Ossètes?). Je ne pense pas que M. Dhombres soit un imbécile, ni un journaliste non informé, mais il est malhonnête, car il ne peut ignorer que la manipulation des images est la chose la mieux partagée du monde.
Quand à la ritournelle que la Russie d’aujourd’hui continue la politique monstrueuse de l’URSS (que d’ailleurs le « Monde » mettait moins d’ardeur à condamner), elle ne résiste pas à l’examen. Les Russes restent, aujourd’hui, à leurs frontières et ne viennent pas allumer des foyers de tension ailleurs dans le monde comme le faisait l’URSS, alors que les Etats-Unis jouent les Batman à des milliers de kilomètres de chez eux…
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De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>
Date : 12 septembre 2008 10:47:10 HAEC
À : smolar@lemonde.fr
Objet : occident-russie
Je comprends, cher Piotr Smolar, que vous ne pouvez vous désolidariser de la ligne générale de votre journal, qui est délibérément antirusse. Vous êtes le seul qui, au moins, essayez de donner de la voix à ceux qui sont occultés systématiquement du discours dominant et du politiquement correct.
Permettez-moi cependant de faire quelques remarques à propos de votre dernier papier :
1) vous n’avez vu et entendu que l’hystérie unilatérale des médias russe, mais comment peut-on donner des leçons à ces médias, quand les nôtres n’ont cessé pendant des semaines de nous déverser des images et des discours, tous antirusses jusqu’à l’indécence , allant même jusqu’à présenter les ruines de Tskhinvali comme étant celles de Gori!
2) pourrait-on cesser de parler de la guerre en Tchetchénie comme étant le seul fait des forces fédérales russes, et ne pas rappeler que cette guerre est autant tchetchèno-russe que tchetchèno-tchetchène?
3) Poutine n’a pas seulement répondu à notre arrogance à l’égard de la Russie par un sursaut de fierté nationaliste, comme vous le soulignez, mais il n’a cessé haut et fort de prévenir l’Occident du danger de guerre à ses frontières caucasiennes et comme on ne retient de lui seulement qu’il est un kguébiste voulant buter les Tchetchènes dans les chiottes ses propos n’ont pas mérité l’attention;
En tout cas, félicitations pour avoir présenté des « pro » aux « contra » généralisés.
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De : Jean-Claude Marcadé <jc.marcade@wanadoo.fr>
Date : 13 septembre 2008 11:23:06 HAEC
À : Le Monde <courrier-des-lecteurs@lemonde.fr>
Objet : de l’Ukraine
Je suis très étonné que dans la question posée à Viktor Youchtchenko au sujet des passeports russes que possèdent certains habitants russes et russophones de la Crimée, question à laquelle d’ailleurs le président ukrainien n’a pas répondu, vous n’ayez pas informés vos lecteurs que la Constitution d’Ukraine n’autorise pas la double nationalité et que les citoyens issus d’Ukraine doivent choisir, si la question se pose pour eux. Déjà plusieurs citoyens de Crimée possédant deux passeports, ukrainien et russe, ont été privés de leur nationalité ukrainienne.
GEORGES YAKOULOV, LE SULKY, 1,025 X 1, 51 H/CONTREPLAQUÉ, 1918
Guéorgui Bogdanovitch Yakoulov est né en 1884 à Tiflis (aujourd’hui Tbilissi), la capitale de la Géorgie, dans une ancienne famille arménienne de culture russe. Il meurt à Iérévan, la capitale de l’Arménie, en 1928, à l’âge de 44 ans. L’appartenance à deux cultures marquera toute la pensée du peintre, constructeur et théoricien qui, durant toute sa vie, sera en quête d’un art où la vision du monde orientale s’unit aux réalisations techniques de l’Occident. Il parle lui-même de son
« atavisme asiatique », auquel était étranger le réalisme européen, mais duquel était proche le symbolisme qui a ouvert […] un large horizon au fantastique décoratif ». [1]
Toute l’enfance du jeune Yakoulov se passa dans les paysages grandioses du Caucase qu’a chantés, entre autres, Lermontov. Il se montra un enfant et un adolescent rebelle, refusant de se plier aux règles des écoles : ainsi fut-il exclu du célèbre institut arménien Saint-Lazare [Lazarevskij institut] de Moscou, ne terminant pas ainsi ses études secondaires, puis de l’École de peinture, sculpture et architecture de Moscou où il était entré en 1900.
« Passionné par l’improvisation, a-t-il déclaré, je rejetais tout enseignement et l’influence de l’expérience d’autrui. »[2]
Son service militaire passé au Caucase et sa participation à la guerre russo-japonaise en 1903-1905 le firent entrer plus étroitement en contact avec la nature orientale et extrême-orientale ainsi qu’avec leurs cultures particulièrement riches et antiques. La nature caucasienne et mandchoue laissera une trace indélébile sur ses conceptions esthétiques, car il comprend alors que
« c’est précisément le caractère de la lumière qui est la base du style recherché » et que « la différence des cultures consiste dans la différence des lumières ».[3]
L’idée qui domine toute l’œuvre et la pensée de Yakoulov, est que le Soleil est la Lumière de toutes les lumières, la Source Primordiale, créatrice non seulement de vie, mais aussi des cultures et des civilisations, de l’homme et, par là-même, du pictural. En 1914, Yakoulov écrit un célèbre article, intitulé « Le Soleil bleu » : il s’agit du symbole de la Chine :
« L’éternel mouvement du spectre bleu a tracé les formes de la nature chinoise par l’ondulation de la houle et par le mouvement des oscillations indifférentes, par le prisme du sourire. »
L’influence de l’art linéaire des Chinois lui inspire son premier chef-d’œuvre en 1905 Les courses (Galerie Trétiakov) dont il a fait le commentaire suivant :
« Étant arrivé en Mandchourie au moment du typhon qui y souffle des mois durant, je me passionnais pour le mouvement giratoire que porte ce vent avec lui. Me trouvant sur un champ de courses à Moscou, je remarquai le mouvement de la foule, vrillée par une frénésie qui me rappelait le typhon mandchou. Réunissant cette impression avec l’impression de clarté de vitre donnée par le terrain vert de course, par l’allure des chevaux, je construisis une composition des courses, d’un mouvement (baroque) tourbillonnant, d’un graphisme linéaire chinois, avec la transparence d’aquarelle propre au spectre humide de la Chine. »[4]
Cette première période culmine avec la participation de Yakoulov à l’une des premières expositions de l’avant-garde russe en 1907 à Moscou, Στέφανος, en russe Venok, « La guirlande », aux côtés des frères Burljuk, de Natalja Gončarova, de Larionov, d’Alexandra Exter, de Baranoff-Rossiné (connu alors comme Léonid Baranov) ou encore de Survage (connu alors comme Stürzwage).
Jusqu’en 1912-1913, le peintre reste fidèle à un style symboliste et Art Nouveau à tendance décorative et orientalisante, comme en témoignent des oeuvres comme Motif décoratif, Coqs (1907), Rue (1909) et beaucoup d’œuvres graphiques comme la couverture du livres de poèmes de la célèbre femme de lettres arménienne d’expression russe Marietta Chaguinian, Orientalia (1912). Son séjour en Italie en 1910 et son imprégnation de la peinture italienne de la Renaissance resteront toujours présents dans le caractère « charnel », dense, de sa palette tout au long de sa création. Cet élément renaissant est une des composantes capitales de la synthèse qu’il voulait réaliser avec le monde pictural oriental :
« Dépasser les unilatéralités des académies européenne et orientale dans la synthèse d’une nouvelle culture – dans la lumière contemporaine, ce problème était précisément à la base de tout mon travail et apparaissait pour moi comme une nécessité organique.
Ce qui me poussait sur cette voie, c’est l’instinct de conservation, car pour moi, en tant que fils de l’Orient par mon tempérament et mes origines, l’académie réaliste et naturaliste européenne m’était étrangère, tandis que m’était proche l’académie symbolique orientale.
Mais pour être un Asiatique au tréfonds et un Européen extérieurement, il fallait que je passe par ma restructuration sur le mode européen, ce qui signifiait vaincre l’Occident par les propres armes de celui-ci, sans s’identifier aux Chinois, qui avaient exposé, contre les canons de Waldersee[5], des canons en papier-mâché et des dragons monstrueux de papier pour effrayer l’ennemi.
Il me fallait agir comme Hannibal avait fait dans sa lutte contre les Romains, en rééduquant ses armées puniques sur le mode romain. »[6]
À partir de 1912, Yakoulov opère une transformation radicale de sa peinture. Elle se fait plus construite, plus proche des cézannistes fauves du « Valet de carreau » moscovite, tout en maintenant une totale originalité par rapport à tous les participants de ces expositions (Café chantant, Femme accoudée à une petite table, vers 1912).
Car Yakoulov est un peintre qui s’est toujours refusé à s’inscrire dans un mouvement quel qu’il soit, et cela tout au long de sa relativement courte carrière, entre 1905 et da mort en 1928. C’est pourquoi j’avais mis naguère, dans mon livre sur le Futurisme russe, Yakoulov, comme Filonov, comme Tchékryguine, dans la catégorie des « individualités » au sein de l’art de gauche en Russie, c’est-à-dire des artistes qui déroulent dans leur création, de façon dominante, des « problèmes individuel », dont l’œuvre est tellement à part qu’elle ne se rattache que superficiellement à des courants existants à leur époque. Ainsi, toute la complexion personnelle, picturale, philosophique de l’Arménien Yakoulov ne s’insère totalement dans aucune des tendances ni symbolistes, ni art nouveau, ni fauviste, ni cubofuturiste classiques. Il reste étranger à l’esprit de chapelle qui régnait au sein de chacun des nombreux mouvements d’avant-garde. Il reproche aux futuristes leur individualisme de style européen qui leur fait complètement oublier « la sensation de la terre »[7], la sensation du mode de vie existant » et leur oppose l’art primitiviste du Géorgien Niko Pirosmanachvili qui a su garde toute la saveur et la truculence de l’existence à travers une forme personnelle.
Malgré son admiration constante pour Picasso auquel il consacrera un article en 1926[8], où il lui rend hommage pour avoir mis en lumière « une nouvelle perspective propre à notre époque », il estime cependant que Picasso n’a pas l’esprit synthétique, « qu’il a bien deviné l’état visuel de son époque, sa nature physiologique, mais qu’il ignore la nature psychologique du monde contemporain ». D’ailleurs la peinture européenne d’avant-garde et ses tenants russes ont le défaut pour Yakoulov de centrer uniquement leur recherche sur la forme en laissant de côté l’expression d’un thème organiquement lié à elle. Enfin, un autre grief formulé par le peintre contre ses contemporains russes, c’est la production en série qui a commencé avec les cézannistes du « Valet de carreau » et continué avec les futuristes et les cubofuturistes. Ainsi dans les années cruciales de l’art du XXe siècle en 1912-1913, il fait cavalier seul, tout en gardant une place de premier plan dans les arts novateurs russes de cette époque, comme en témoigne l’article de David Bourliouk paru en allemand en 1912, traduit par Kandinsky dans l’almanach Der blaue Reiter, sous le titre « Die ‘Wilden’ Russlands », où Yakoulov est mentionné à part, avec la mention de son Café chantant commenté comme « utilisant plusieurs points de vue (ce que l’on connaît depuis longtemps en architecture comme une loi mécanique), conciliant la représentation perspectiviste avec la surface de base, c’est-à-dire l’emploi de plusieurs surfaces ».
En 1913, l’artiste se trouve à Paris chez Robert et Sonia Delaunay, avec lesquels il confronte pendant tout l’été ses propres théories sur le mouvement rythmique et cadencé de la couleur et de la lumière, tout en se livrant à des expériences sur la décomposition du spectre lumineux, la densité des couleurs juxtaposées, les propositions de Chevreul, le simultanéisme, l’art asiatique. Il fait connaître aux Delaunay, ce qu’il appelle « Ars Solis » (l’art du Soleil), titre d’un de ses articles dans la revue des imaginistes en 1921 :
« Si le soleil de Moscou est blanc, le soleil de la Géorgie rose, le soleil de l’Extrême-Orient bleu et celui de l’Inde jaune, c’est que de toute évidence le Soleil est cette force qui meut les planètes autour de lui, communiquant à chacune d’elles son propre rythme (le caractère du mouvement), sa propre cadence (la vitesse de ce mouvement) et une voie commune sur son orbite (celle d’un seul thème fondamental dans la multiplicité des formes matérielles et spirituelles.)[9]
La Composition abstraite, offerte par Sonia Delaunay au MNAM est une illustration des préoccupations communes de cette période. Là encore on voit la spécificité de la poétique yakoulovienne : face à la légèreté, à l’aération, à l’organisation de la surface picturale comme un jardin à la française, chez Robert Delaunay, on constate chez l’Arménien une saturation et une densité de la couleur, également une complexité de l’image sensée rendre le mouvement des unités colorées sur un surface vitrée.
C’est à ce moment-là que s’est précisée de façon aigüe, pour Yakoulov, comme pour les Delaunay, le problème de la lumière artificielle dans les villes, ce soleil nocturne des cités modernes qui impose au peintre des voies nouvelles. En témoignent des œuvres comme Bar Olympia ou Monte-Carlo [parler ici de la difficulté de placer ses œuvres dans des expositions de l’avant-garde russe, comme cela a été le cas à Bordeaux et à Bruxelles].
La venue en Russie de Marinetti en mars 1914 inspire à Yakoulov et à ses amis, le poète et théoricien Bénédikt Livchits et le compositeur, alors très novateur, Arthur Vincent Lourié, le manifeste « Nous et l’Occident », publié par Apollinaire dans Le Mercure de France cette même année. Y sont opposés l’art occidental, déclaré « territorial », et l’art oriental, déclaré « cosmique »
En 1917, on commande à Yakoulov la décoration intérieure du « Café Pittoresque » à Moscou. Il en est le maître d’œuvre, aidé par de nombreux artistes, dont Tatline et Rodtchenko. Ce café, qui s’appela après octobre 1917, « Le coq rouge », était une sorte d’affreux hangar de style 1900. Yakoulov voulut en faire « la gare universelle de l’art », en intégrant les arcs d’acier et le plafond de verre dans une conception d’ensemble rythmée par la géométrie précise et nette des fenêtres, le jeu des plans colorés et l’adjonction d’éléments mobiles. Yakoulov affirme qu’une architecture de cet ordre lui était familière grâce aux modèles chinois.
« Mon projet devait faire apparaître, dans son aspect extérieur, une sorte de fête populaire de rue ou de foire, comme dans les foires de quartier à Paris et les programmes devaient être la foire de l’art contemporain décoratif, chorégraphique, scénique et musical. »[10]
L’aquarelle du MNAM, qui représente l’estrade où avaient lieu les déclamations poétiques et les mises en scène de théâtre, donne une idée de festivité, de réjouissances, soulignée par tous les habitués du Café Pittoresque :
« L’agencement intérieur du Café Pittoresque frappait les jeunes peintres par son caractère dynamique. Il y avait toutes sortes de figures fantasques en carton, contreplaqué et tissu : lyres, coins, cercles, entonnoirs, constructions spiraliques. Tout cela chatoyait de lumière, tout cela tournait, vibrait, il semblait que tout ce décor se trouvât en mouvement. Les tons rouges et jaune-orange dominaient et, pour le contraste, des tons froids. Les couleurs paraissaient souffler le feu. Tout cela pendait des plafonds, des coins, des murs et frappait par son audace et son caractère insolite. »[11]
Sans aucun doute, le travail de Yakoulov pour le Pittoresque est une des nombreuses étapes qui conduiront à la naissance du constructivisme soviétique en 1921-1922. D’autre part, toute son œuvre théâtrale, capitale dans l’histoire de la scène en Union Soviétique, appartient à l’art construit, sinon au constructivisme stricto sensu. De L’échange de Claudel en 1918 au Pas d’acier de Prokofiev aux Ballets Russes de Diaghilev en 1927, c’est une série de chefs d’oeuvre de la décoration et de la construction théâtrales.
Là encore, Yakoulov participe au mouvement général constructiviste, sans en adopter les principes communs et en donnant des solutions spécifiques. Ainsi, son art construit ne refuse jamais le primat de l’esthétisme, comme c’est d’ailleurs le cas chez certains de ses collègues du Kamierny téatr de Taïrov, Alexandra Exter ou Alexandre Vesnine. Cependant, à la différence d’une Alexandra Exter, Yakoulov n’a pas privilégié la discipline cubiste. L’œuvre théâtrale de Yakoulov se traduit par des couleurs étourdissantes, l’emploi d’éléments mobiles transformables à volonté, de spirales et d’arcs, des costumes bariolés et des plans géométriques structurant l’espace scénique.
En novembre 1919, l’artiste arménien décore un autre café artistique de Moscou, dans une des rues principales de la capitale, la Tvierskaya ; ce café s’appelait « L’Étable de Pégase » et était le club de « l’Association des esprits forts » et le rendez-vous du groupe « imaginiste », dont le leader était le poète Serge Essénine. Un contemporain décrit ainsi l’intérieur de l’établissement dont l’entrée était ornée par une enseigne dessinée par Yakoulov représentant un Pégase ailé, entouré de la calligraphie stylisée à l’ancienne « Stoïlo Pégassa » :
« Une lumière qui se dédoublait dans des miroirs, de petites tables entassées presque les unes sur les autres à cause de l’exiguïté du local. Un orchestre roumain. Une estrade. Sur les murs les peintures de Yakoulov et les slogans en vers des imaginistes. Depuis un des murs se jetaient au regard les
boucles dorées des cheveux de Essénine et son visage déformé par les inclinations avant-gardistes du peintre enveloppé d’inscriptions du genre « Crache, vent, tes brassées de feuilles » (Плюйся, ветер, охапками листьев[12]).
Qui n’a pas fréquenté « L’Étable de Pégase » !
En regardant les affiches des manifestations que j’ai conservées et les notes sur les programmes des soirées à « L’Étable », je trouve les noms de Brioussov, de Meyerhold, de Yakoulov, de Essénine, de Cherchénévitch, de Mariengof et d’une multitude d’autres. »
Le sujet du Sulky du MNAM, comme du Sulky de la Galerie nationale d’Iérévan, comme Attaque d’un cheval par un lion de la Galerie Trétiakov, font partie d’un cycle directement lié à « L’Étable de Pégase » et sont donc des années 1918-1919. Le peintre y exprime une poétique raffinée du dynamisme de l’époque contemporaine, toute imprégnée du rythme aérien de la peinture chinoise, qu’accentue encore le choix du matériau, le contreplaqué. L’œuvre paraît proche du cubofuturisme qui triomphe en Russie dans les années 1910. Mais on note aussitôt que Yakoulov prend ses distances par rapport au cubisme dominant de l’avant-garde russe, à l’égard en particulier de ce que les Russes appellent, à la suite de l’article de Berdiaev sur Picasso , «la pulvérisation des objets ».
Au contraire, pratiquement toutes les œuvres de Yakoulov portent la trace de la volonté de rendre les objets représentés dynamiques, et cela dès son premier chef-d’œuvre en 1905, Les courses, où l’élément spiralique est déjà ce que, plus tard Yakoulov appellera, à propos de son architecture du Monument aux 26 commissaires de Bakou en 1923, « la formule de l’équilibre rompu au nom de l’envolée »[13]. La spirale restera un des signes distinctifs de la poétique yakoulovienne ; à elle s’ajoutera, dans Le Sulky une variante conique, là encore, pas le cône classique cubo-cézanniste, mais un idéogramme en éventail. Nous nous souviendrons ici des deux propositions picturales de Yakoulov dans le Manifeste « Nous et l’occident » en 1914 :
« 1) Négation de la construction selon le cône comme perspective trigonométrique.
2) Dissonances. »
La même transformation des volutes cylindriques en pictogrammes est opérée dans les trois œuvres de 1918-1919.
Il est bon de rappeler ici et de souligner que le groupe imaginiste publia en 1919 un manifeste et une revue au nom romanesque de Hôtel de ceux qui voyagent dans le Beau. Comme nous l’avons dit, Yakoulov en est un des signatures pour la peinture (avec Boris Erdman). Les deux Sulky et l’Attaque d’un cheval par un lion peuvent donc être considérées comme des paradigmes de que recherchaient les imaginistes, face au cubofuturistes, aux pré-constructivistes et aux suprématistes qui tenaient alors le haut du pavé en ce début de Russie soviétique. Le manifeste des imaginistes, littéraire, pictural et théâtral s’oppose en particulier en cette année 1919 aux komfouty, les communistes-futuristes nihilisants du journal L’Art de la Commune. 1919, c’est l’année de la création de la Tour à la IIIème Internationale de Tatline, proclamation d’une forme d’art qui conjugue peinture-sculpture-architecture, ce qui sera un jalon essentiel pour la naissance, deux ans plus tard, en 1921, du constructivisme soviétique.
En face de ces mouvements, le groupe imaginiste veut proposer une esthétique nouvelle, tout en restant dans l’art de gauche. Yakoulov, qui n’avait jamais voulu de sa vie joindre sa signature à des déclarations de groupe, n’hésita pas à le faire dans le manifeste des imaginistes, marquant en même temps sa profession de foi, sous une forme laconique. Voici quelques extraits du Manifeste des imaginistes :
« L’image, et seulement l’image. L’image – sur les pas des analogies, des parallélismes -, les comaraisons, les oppositions, les épithètes resserrées et ouvertes, les ajouts des constructions polythématiques, à plusieurs étages, voilà l’instrument du maître ès art […] Seulement l’image, telle la naphtaline, saupoudrant une œuvre, sauve cette dernière des mites du temps. L’image – c’est la cote de maille de la ligne verbale. C’est la cuirasse du tableau. C’est l’artillerie fortificatrice de l’action théâtrale.
Tout contenu d’une œuvre d’art est aussi bête et stupide que des collages de journaux sur les tableaux. Nous prônons la séparation la plus précise et la plus claire d’un art par rapport à un autre, nous défendons la différenciation des arts.
Nous proposons de représenter la ville, la campagne, notre siècle et les siècles passés – tout cela appartient au contenu, cela ne nous intéresse pas. Dis ce que tu veux, mais avec la rythmique contemporaine des images. Nous disons « contemporaine » parce que nous ne connaissons pas la rythmique du passé, nous sommes en ce qui la concerne des profanes, presque autant que les passéistes chenus.
Nous acceptons à l’avance, avec la joie la plus catégorique, tous les reproches affirmant que notre art est cérébral, tiré par les cheveux, que nos travaux ont été obtenu avec de la sueur. Oh, vous ne pouviez pas nous faire de meilleur compliment, pauvres idiots (tchoudaki) !. Oui, nous sommes fiers de ceci : si nous avons une cervelle dans notre ciboulot, il n’y a pas de raison particulière de nier son existence. Notre cœur et notre sensibilité, nous les laissons pour la vie, et nous entrons dans la création libre, indépendante, non comme des gens qui auraient naïvement deviné les choses, mais comme des gens qui auraient compris la sagesse […]
Au peintre – la couleur, brisée dans les miroirs (des vitrines ou des lacs), la facture. Tout collage d’objets, transformant le tableau en une macédoine (okrojka), est une bêtise, la course à une gloire bon marché. »
Ainsi Le Sulky est une démonstration picturale de ce que Yakoulov voulait opposer aux futuristes italiens et à leurs émules russe auxquels il reprochait une représentation naturaliste du mouvement dans leur volonté de rendre celui-ci quasiment tangible, en juxtaposant figurativement les divers moments qui le composent. Pensant de toute évidence au fameux Chien en laisse de Balla (1912), Yakoulov écrit :
« La tentative des futuristes de doter un chien qui court de quarante pattes est naïve et ne fait pas pour autant avancer le chien. »[14]
Ce n’est donc pas par une démultiplication des formes en mouvement, par leur figuration successive, que l’on peut rendre dans toute sa tension le mouvement, mais en le faisant jaillir de l’intérieur des lignes et des plans, de la texture même du tableau. Le rythme est rendu par la déformation antiréaliste de chaque élément dont est composé l’objet représenté, par des syncopes : on ne voit qu’une partie du visage du jockey dans Le Sulky du MNAM, réduit à la métonymie de sa casquette, alors que dans Le Sulky d’Iérévan on ne voit plus que le pictogramme d’une tache triangulaire noire. Quant à la figure du lion dans L’attaque d’un cheval par un lion, elle est difficilement identifiable, étant représentée par un amas compact de formes où dominent des boursouflures et des exacerbations spiraliques, traduisant la sauvagerie et la férocité de l’action. Là aussi, on est dans la ligne de l’art chinois, si l’on songe, entre beaucoup d’exemples, aux représentations du dragon qui combine en lui plusieurs traits de différents animaux avec un corps serpentin et une féroce gueule velue. La tête du cheval dans Le Sulky du MNAM est également traitée à la manière chinoise, de manière d’ailleurs totalement différente dans les deux tableaux sur le sujet. Dans Le Sulky du MNAM, on a affaire à un traitement purement théâtral La tête du cheval synthétise en une seule masse ses différentes partie, propre aux acteurs et à leurs costumes. De ce point de vue, il y a ici encore un rapport avec l’imaginisme dont Yakoulov a créé l’emblème – Le génie de l’imaginisme. A ce propos, l’excentricité au sens étymologique du terme est un élément figuratif que Yakoulov a retenu de l’art chinois, voir son tableau de 1913 Les excentriques. Ceux qui s’écartent d’un centre. Dans Le Sulky d’Iérévan, la têtedu cheval est également chinoise mais très proche des iconographies de cet animal dans la sculpture chinoise.
Chinoise est également la traduction de l’objet en signes, en calligraphies. Peindre et écrire sont, on le sait, un seul et même acte pictural chez les Chinois. Le goût de Yakoulov pour le trépidant mouvement des volutes, des spirales, des arabesques, s’est exercé dans les illustrations de livres, d’affiches ou de journaux où il se livre à de savantes combinaisons de l’alphabet cyrillique Dans Le Sulky le caractère sémiologique de l’image, les jeux d’ombres, les « nuances indécises », les subtilités des taches colorées, créent le « sentiment de l’eau et de l’air », ce « timbre aérien », qui, selon Yakoulov, expriment les objets dans la peinture chinoise. Si Yakoulov a souvent utilisé le contreplaqué , c’est pour retrouver aussi des effets analogues à ceux qui sont produits par les peintures chinoises sur soie ou papier de riz.
Dans Le Sulky, les deux roues sont figurées par deux formes en éventail, inversées l’une par rapport à l’autre; on note les distorsions dans la représentation des pattes et du corps du cheval. Ainsi, Yakoulov a voulu avec ces œuvres créer une image, en combinant tout ce qui est essentiel dans les objets, réduit à des pictogrammes et, surtout, en sauvegardant leur substance émotionnelle.
Le Sulky est aussi intéressant par le traitement qui y est fait du thème du cheval, constant dans l’œuvre picturale du peintre. L’apport chinois, nous l’avons vu, est essentiel. J’y ajouterai une analogie de facture avec, par exemple le Cheval attaché de Han Kan, au VIIIe siècle, avec son dessin s’écartant de l’anatomie et sa reconstitution synthétique d’une image. Yakoulov est un des artistes qui ont utilisé avec prédilection dans leurs multiples variétés les formes plastiques de cet animal. Bien qu’il ne cite jamais Géricault dans ses écrits, on peut trouver une continuité entre ce peintre et lui. Dans des œuvres comme Course de chevaux libres (1817) ou Course de chevaux à Epsom (1821) il y a les germes des aspirations picturales et théoriques de Yakoulov dans la figuration des chevaux. Mais si l’on remarque chez Géricault la distorsion antiréaliste des formes, le même souci de donner une idée synthétique du mouvement, cependant la volonté de signifier celui-ci par le procédé de l’immobilisation instantanée, la fixation d’un moment qui contient tout le dynamisme et la tension de l’ensemble, montrent que l’approche de Yakoulov est fondamentalement différente. Pour lui, l’œil du peintre n’est pas un appareil photographique, il est toute vibration, comme l’objet en mouvement. Ce sont ces vibrations qui apparaissent comme en filigrane dans le matériau choisi pour Le Sulky, le contreplaqué.
Dans son article sur « Picasso » en 1926, Yakoulov affirme qu’après les différentes perspectives du passé – perspective « conventionnelle plane » du Moyen Âge, perspective « en relief » de la Renaissance, perspective « purement photographique » du XXe siècle -, au XXe siècle, « les artistes sont devant une nouvelle tâche, celle de déterminer et d’exprimer les perspectives des objets en oscillation (silhouettes, reliefs etc.) […] Les artistes de notre temps, en créant une perspective des objets en oscillation, nous obligent à avoir une sensation et une vision réelles ».
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L’œuvre de Yakoulov est multiforme et je n’ai pu ici n’en donner que quelques aspects. Ce qui ressort de l’examen d’un tableau comme Le Sulky du MNAM, c’est la complexité de la poétique picturale du peintre arménien. Alors que ce que l’on appelle l’avant-garde russe des années 1910-1920 va plutôt vers la réduction, voire le minimalisme, Yakoulov propose des œuvres très travaillées et très soucieuses de la finition jusque dans les détails ; en cela, il est mutatis mutandis proche de l’analytisme de Filonov dans sa quête des tableaux « œuvrés au maximum », même si, à l’évidence, il n’y a aucune commune mesure entre l’ambition prométhéenne de Filonov d’embrasser sur le tableau le réel dans tous ses mouvements et variations passées, présentes et à venir, alors que chez Yakoulov il y a la volonté de créer une image du monde contemporain, qui soit synthétique des différents axes de vision suscités par les différentes lumières, du soleil ou de l’électricité, également par le jeu des reflets sur les vitres ou les miroirs, et qui soit en même temps source d’émotion.
[1] Ja. Jakulov, « Moj žiznennyj put’ » [La route de ma vie], Večernaja Moskva [Moscou-Soir], 29 décembre 1938
[3] G. Jakulov, « Avtobiografija » [Autobiographie] (1927], in : Catalogue de l’exposition rétrospective de G. Jakulov (en russe), Iérévan, 1967, p. 46
[5] Après l’envoi de troupes européennes de renfort pour réprimer les insurrections des Boxers en Chine en 1900, le commandement suprême des forces est confié au comte von Waldersee (1832-1904). Son départ d’Allemagne est très théâtral, mais il arrive trop tard pour diriger les troupes qui ont permis de dégager les légations à Pékin. Sous son commandement, c’est une répression musclée visant à mater la rébellion qui est organisée dans les alentours de Pékin.
[6] G. Jakulov, « Dnevnik xudožnika « Čelovek tolpy » [Le journal d’un artiste « L’homme de la foule »], Žizn’ iskusstva, 1924, N° 3, p. 7
[7] G. Yakoulov, « Niko Pirosmanachvili » [1927], in Notes et Documents édités par la Société des Amis de Yakoulov, Paris, N° 3, juillet 1972, p. 22
[9] G. Yakoulov, « Ars Soli. Sporady tsviétopistsa) [Ars Solis. Sporades d’un peintre de couleurs), Gostinitsa poutichestvouïouchtchix v Prékrasnoïé [Hôtel de ceux qui voyagent dans le Beau], 1921, N° 1 – traduit en français à partir d’un tapuscrit original sous le titre « Définition de soi », in : Notes et Documents de la Société des Amis de Georges Yakoulov, Paris, mai 1967, N° 1, p. 15
[10] Note de Yakoulov à Lounatcharski du 19/08-1918, in : Aguitatsionno-massovoïé iskousstvo piervykh liet Oktiabria, Moscou, 1971, p. 128
[11] N. Lakov, in : Aguitatsionno-massovoïé iskousstvo piervykh liet Oktiabria, op.cit., p. 101
Alexeï Khomiakov, « Quelques mots par un chrétien orthodoxe sur les communions occidentales à l’occasion d’un mandement de Mgr l’Archevêque de Paris » (1857)
« Le triomphe définitif du scepticisme religieux n’est point encore arrivé; mais même au temps présent [au milieu du XIXe siècle!] l’Europe occidentale tout entière peut être considérée comme n’ayant aucune religion, quoiqu’elle n’ose point se l’avouer. Les individus sont tourmentés du désir d’en avoir une, et n’en trouvant pas, se contentent généralement de ce que les Allemands ont fort bien nommé religiosité – mot admirablement ironique qui correspond du reste à la religion subjective de Néander et fait le revers de la foi du charbonnier. Les États, c’est-à-dire les gouvernements comprenant fort bien les avantages sociaux d’une religion quelconque, surtout pour les classes inférieures du peuple, font semblant d’en avoir une pour ne pas se trouver face à face avec une incrédulité patente. (Cela n’empêche pas certainement les gouvernants d’avoir quelquefois, comme individus, une certaine dose plus ou moins forte de religiosité)
Tous, gouvernants et gouvernés, sont dirigés par le précepte machiavélique : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », mais tous, gouvernants et gouvernés se contentent soit d’un fantôme, soit d’un à peu près de religion. L’expression la plus claire de l’état présent serait peut-être de dire que l’idée latine de religion l’a emporté sur l’idée chrétienne de foi, et c’est ce que le monde n’a pas encore remarqué. Le monde sans foi tient à avoir une religion quelconque; de la religion en général. Ainsi l’incrédulité seule a de la franchise, et elle est le plus souvent attaquée non parce qu’elle est incrédule et en cela mauvaise, mais parce qu’elle est franche et en cela bonne et noble. L’indignation publique poursuit le pair de France qui proclame du haut de la tribune sa propre incrédulité et celle de ses auditeurs; l’indignation publique poursuit le poète dont les oeuvres sont l’hymne de l’athéisme (Pauvre et admirable Shelley! Les accents de son incrédulité sont souvent pleins d’un christianisme qu’il n’a jamais compris, et ne devraient inspirer qu’une profonde compassion pour cette noble intelligence si fatalement égarée.) elle poursuit le savant qui sape par de laborieuses recherches les bases d’une religion à laquelle il ne croit pas; mais l’indignation publique n’a rien à dire à l’hypocrisie religieuse, qui est pour ainsi dire l’unique religion de l’Occident. »
A.S. Khomiakov, L’Église latine et le Protestantisme au point de vue de l’Église d’Orient,Vevey, Xenia, 2006, p. 148-149